Le Mali traverse une crise sécuritaire majeure après une offensive coordonnée des groupes touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) et des djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Ces attaques simultanées, survenues le 25 avril 2026, ont ciblé plusieurs villes stratégiques du pays, dont Bamako, Kati, Konna, Mopti, Sévaré, Gao et Kidal, mettant à l’épreuve la junte militaire au pouvoir et ses alliés russes de l’Africa Corps.
une attaque d’ampleur contre le pouvoir malien
Selon le chef d’état-major des forces armées maliennes, le général Oumar Diarra, cette offensive s’inscrit dans un « plan de déstabilisation coordonné par des acteurs internes et externes », visant à semer une insécurité durable. Les assaillants ont utilisé des tactiques sophistiquées, incluant des véhicules piégés, des drones kamikazes, des engins explosifs improvisés et des tirs indirects. Le général Diarra a affirmé que plus de 200 combattants ennemis avaient été neutralisés, tout en reconnaissant des pertes dans les rangs des Forces armées maliennes (FAMA) et des mercenaires russes.
Kidal, bastion insurgé et symbole de la défaite militaire
Kidal, ville stratégique du nord du Mali, est tombée aux mains des rebelles après des combats intenses. Le général Diarra a évoqué un « redéploiement tactique » des forces armées maliennes et des mercenaires russes, qui ont quitté la ville conformément à un accord avec Bamako. Cette retraite, annoncée par le Corps d’Afrique (ex-Wagner), a été présentée comme un choix stratégique pour faciliter la riposte.
Les rebelles ont revendiqué des attaques contre des cibles majeures, dont la résidence présidentielle, le ministère de la Défense et l’aéroport international Modibo Keita de Bamako. Les combats ont également fait des victimes civiles, avec 16 blessés signalés parmi les populations locales.
la junte malienne en crise : pertes humaines et politique
La situation a pris un tournant dramatique avec la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, lors d’une attaque à la voiture piégée contre sa résidence à Kati. Le général a succombé à ses blessures après avoir engagé un combat rapproché avec les assaillants. Plusieurs civils, dont des membres de sa famille, ont également péri dans l’explosion. La disparition de Camara, figure centrale de la junte et proche du président Assimi Goita, marque un coup dur pour le régime.
D’autres responsables militaires ont été blessés, dont Modibo Koné, chef de l’Agence nationale de sûreté de l’État. Le président Goita, quant à lui, a été évacué en lieu sûr, tandis que des deux jours de deuil national ont été décrétés en hommage aux victimes.
Russie et ukrainiens : des acteurs clés dans le conflit
Le Corps d’Afrique, force paramilitaire russe, a joué un rôle central dans la riposte aux attaques. Les mercenaires ont revendiqué la neutralisation de plus de 1 000 djihadistes et la destruction de 100 véhicules, tout en affirmant avoir évité un « scénario syrien » au Mali. Cependant, des rapports indiquent que des soldats russes ont été blessés lors des combats, certains en cours d’évacuation.
L’offensive a également révélé des liens présumés entre les rebelles touaregs et des acteurs ukrainiens. Selon plusieurs sources, des tactiques utilisées par les Forces de libération de l’Azawad (FLA) — comme les drones kamikazes — auraient été inspirées par des méthodes ukrainiennes. Ces accusations ont poussé le Mali à rompre ses relations diplomatiques avec l’Ukraine, accusée de soutenir indirectement les groupes armés.
l’alliance improbable entre touaregs et djihadistes
L’offensive a officialisé une collaboration entre les rebelles touaregs du FLA et les djihadistes du JNIM, deux groupes aux objectifs distincts. Si les Touaregs luttent pour l’autonomie de l’Azawad, les djihadistes visent l’instauration d’un État islamique, leur alliance repose sur une nécessité tactique face à un ennemi commun : la junte de Bamako et les mercenaires russes.
Cette coordination s’est concrétisée en 2024 avec la fusion de plusieurs groupes touaregs au sein du FLA et la signature d’un accord de non-agression avec le JNIM. Leur collaboration s’est intensifiée après le retrait de la MINUSMA (Mission des Nations Unies) fin 2023, marquant la fin des accords d’Alger de 2015.
Les analystes soulignent que cette alliance a déjà porté ses fruits, comme lors de la bataille de Tinzaouaten en juillet 2024, où une coalition touareg-djihadiste a infligé une lourde défaite aux mercenaires russes, avec un bilan estimé entre 20 et 80 morts.
conséquences et perspectives pour le Mali
Cette offensive marque un tournant majeur pour le Mali, déjà en proie à une instabilité chronique depuis les coups d’État de 2020 et 2021. La junte de Bamako, soutenue par Moscou, voit son autorité remise en question, tandis que l’Africa Corps, bien que présent, peine à endiguer la progression des rebelles.
La situation humanitaire et sécuritaire reste extrêmement précaire, avec des risques accrus de déstabilisation régionale. Les autorités maliennes ont instauré un couvre-feu de 72 heures à Bamako et fermé l’aéroport international, tandis que des opérations de ratissage se poursuivent pour reprendre le contrôle des zones perdues.
Face à cette crise, le Mali pourrait être contraint de revoir sa stratégie sécuritaire, notamment en matière de coopération internationale, alors que la présence russe est de plus en plus contestée.
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