Un an après le putsch : une répression accrue contre les droits fondamentaux au Niger
Un an après le renversement du président Mohamed Bazoum par la junte militaire nigérienne, les autorités du pays mènent une campagne systématique de répression contre l’opposition, les médias et les défenseurs des droits humains. Selon Amnesty International, Human Rights Watch et la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), les libertés fondamentales sont gravement menacées dans le pays.
Des arrestations arbitraires et une justice muselée
Parmi les victimes de cette répression figurent Mohamed Bazoum, détenu depuis juillet 2023 avec sa famille dans le palais présidentiel de Niamey. Les trois organisations dénoncent des conditions de détention précaires et une absence totale de procédure régulière. En juin 2024, la Cour d’État du Niger a levé son immunité présidentielle, ouvrant la voie à un procès pour « haute trahison », malgré des irrégularités procédurales majeures.
Au moins 30 responsables du gouvernement déchu, dont d’anciens ministres et conseillers, ont également été arrêtés sans motif valable. Certains ont été placés en détention secrète avant d’être transférés dans des prisons à haute sécurité, où ils sont accusés de « atteinte à la sûreté de l’État ». Seuls quatre d’entre eux ont été libérés sous caution, tandis que les autres attendent un procès devant un tribunal militaire, malgré leur statut de civils.
Médias et société civile sous pression
La liberté de la presse, déjà fragile, s’est encore dégradée depuis le coup d’État. Plusieurs journalistes ont été arbitrairement arrêtés, harcelés ou contraints à l’autocensure. Parmi eux :
- Samira Sabou, blogueuse et journaliste, détenue pendant sept jours sans contact avec sa famille avant d’être inculpée de « production de données troublant l’ordre public » ;
- Ousmane Toudou, ancien conseiller en communication de Bazoum, arrêté en avril 2024 pour avoir dénoncé le putsch sur les réseaux sociaux et accusé de « complot contre la sûreté de l’État » ;
- Soumana Maiga, directeur du journal L’Enquêteur, emprisonné après avoir relayé une enquête sur des soupçons d’espionnage russe au Niger.
Les défenseurs des droits humains ne sont pas épargnés. Une circulaire ministérielle de mai 2024 interdit désormais les visites des ONG dans les prisons, en violation des conventions internationales ratifiées par le Niger. Tchima Illa Issoufou, correspondante de la BBC en haoussa, a également subi des menaces après avoir couvert les attaques de groupes armés dans la région de Tillabéri.
Une loi sur la cybercriminalité renforcée pour museler les voix dissidentes
Le 12 juin 2024, les autorités nigériennes ont durci la loi de 2019 sur la cybercriminalité, rétablissant les peines de prison pour les infractions liées à la liberté d’expression en ligne. Une mesure critiquée par les organisations de défense des droits humains, qui y voient un outil de répression contre les militants et les journalistes. En 2022, sous le régime de Bazoum, des modifications avaient pourtant réduit ces sanctions à des amendes.
Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH, alerte : « Cette loi est un recul dangereux qui menace directement les droits humains et la liberté d’expression. Les autorités doivent revenir en arrière et garantir l’accès à l’information. »
Transparence militaire : un engagement non tenu
En février 2024, la junte a aboli les contrôles sur les dépenses militaires, excluant les achats de matériel de défense des règles de transparence budgétaire. Une décision qui contredit les promesses initiales de lutte contre la corruption et qui prive la population de tout moyen de vérifier l’utilisation des fonds publics. Ilaria Allegrozzi, chercheuse à Human Rights Watch, souligne : « Sans transparence, les abus et la corruption persistent. Les autorités doivent publier des comptes-rendus financiers vérifiables pour rétablir la confiance. »
Un an après le coup d’État, le Niger s’enfonce dans une crise des droits humains, marquée par l’arbitraire, l’opacité et une répression croissante. Les organisations internationales appellent à la libération immédiate des détenus politiques, au respect des libertés fondamentales et à une gestion transparente des ressources nationales.
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