Non classé

Niger : comment le projet dasa a profité de l’implosion de la somair pour s’imposer comme nouvelle puissance minière

La SOMAÏR, symbole d’une dépendance minière à bout de souffle

Le déclin de la SOMAÏR (Société des mines de l’Aïr) révèle les profondes fractures d’un modèle extractif nigérien en crise. Autrefois fleuron de la production d’uranium du pays, cette filiale d’Orano subit désormais une chute vertigineuse de sa production, frôlant les 80 % de baisse par rapport à ses capacités historiques. Les raisons ? Un enchaînement implacable : blocages logistiques, fermeture des frontières avec le Bénin, et impossibilité d’exporter le yellowcake vers le port de Cotonou.

Conséquence directe : Orano, confronté à une asphyxie financière et opérationnelle, a dû suspendre ses activités. Puis, le gouvernement de transition nigérien a pris une décision radicale en retirant les permis d’exploitation, officialisant ainsi la fin d’une ère minière dominée par l’influence française. Pour Niamey, la SOMAÏR était le visage d’un système néocolonial qu’il fallait briser, même au prix d’un effondrement de la production nationale.

Dasa, la solution inattendue aux déboires de la SOMAÏR

Alors que les mines de l’Aïr se vident de leur substance, le projet Dasa, porté par la société canadienne Global Atomic, émerge comme l’alternative salvatrice. Mais derrière cette ascension se cache une stratégie géopolitique bien orchestrée par Washington.

L’investissement de 414 millions de dollars injecté par la DFC (Corporation de financement du développement américain) dans Dasa n’est pas anodin. Il symbolise un virage stratégique : face aux tensions avec Paris, Niamey a choisi de se tourner vers des partenaires perçus comme plus neutres. Les États-Unis, en ciblant ce projet, sécurisent leurs approvisionnements futurs en uranium tout en contournant les blocages liés aux différends politiques avec la junte nigérienne.

Les clés de la réussite de Dasa malgré la crise

  • Des réserves exceptionnelles : Le gisement de Dasa affiche des teneurs en uranium parmi les plus élevées au monde, permettant de compenser largement les pertes de la SOMAÏR.
  • Une logistique simplifiée : Contrairement à la SOMAÏR, dont les exportations étaient paralysées, Dasa bénéficie d’un accès direct aux marchés grâce à des alliances avec des acteurs nord-américains.
  • Un soutien financier massif : Les 414 millions de dollars américains transforment Dasa en un projet clé pour l’économie nigérienne, tout en marginalisant les acteurs historiques comme Orano.

Souveraineté minière en jeu : entre indépendance affichée et réalités économiques

La chute de la SOMAÏR et l’ascension de Dasa illustrent une contradiction frappante. Le régime du général Tiani, qui affiche une volonté d’indépendance face aux anciennes puissances coloniales, se retrouve paradoxalement dépendant des investissements américains et européens pour relancer son secteur minier.

Cette situation pose une question cruciale : comment Niamey peut-il concilier son discours souverainiste avec la nécessité de capitaux étrangers pour éviter l’effondrement total de son industrie extractive ? Les 414 millions de dollars de la DFC ne sont qu’un pansement sur une plaie bien plus profonde, celle d’une économie minière à reconstruire de A à Z.

Les risques d’un pari trop risqué

Si Dasa représente une bouffée d’oxygène pour le Niger, il n’est pas exempt de dangers.

  • Une dépendance accrue : En misant tout sur un seul projet, Niamey risque de s’exposer à de nouvelles crises si les conditions politiques ou économiques venaient à changer.
  • Un changement de garde géopolitique : L’arrivée massive des États-Unis dans le secteur minier nigérien pourrait marginaliser durablement la France, modifiant durablement l’équilibre des influences dans la région.
  • Des retombées sociales limitées : Contrairement aux promesses des contrats miniers passés, Dasa pourrait ne pas générer suffisamment d’emplois locaux ni de retombées économiques durables pour la population.