Mali : l’alliance entre le Jnim et le Fla fragilise le pouvoir militaire

Les récentes offensives coordonnées du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) et des rebelles du Front de libération de l’Azawad (Fla) ont plongé le pays dans une incertitude profonde. Ces actions simultanées, touchant des localités allant de Bamako à Kidal, témoignent d’un degré de préparation technique jamais vu auparavant dans le conflit malien.

Cette coopération entre djihadistes et séparatistes marque un tournant stratégique majeur. Autrefois rivaux sur les plans idéologique et territorial, ces deux acteurs ont choisi d’unir leurs forces pour déstabiliser leur adversaire commun : la junte militaire. Cette mutation du paysage sécuritaire au Sahel illustre l’émergence d’alliances de circonstance capables de modifier durablement le rapport de force.

Des combattants de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) patrouillent dans la ville lors du Congrès pour la fusion des mouvements à Kidal, le 28 août 2022.

Des objectifs divergents pour une tactique commune

Le Jnim, affilié à Al-Qaïda, ambitionne d’instaurer un ordre islamique rigoureux à travers le pays. À l’opposé, le Fla, héritier des soulèvements touaregs, revendique l’autonomie ou l’indépendance de l’Azawad dans le nord. Malgré ces visions opposées, leur complémentarité est redoutable : les séparatistes apportent leur connaissance intime du terrain et des réseaux locaux, tandis que les groupes djihadistes fournissent une puissance de feu et une logistique transnationale.

Ce rapprochement n’est pas sans rappeler la période 2012-2013, où une alliance similaire avait brièvement expulsé l’armée malienne des régions septentrionales avant de voler en éclats. Aujourd’hui, les observateurs notent que cet accord produit un effet psychologique dévastateur, donnant l’image d’un État assiégé de toutes parts.

Des rebelles touaregs du Front de libération de l'Azawad (FLA) circulent à l'arrière de pick-ups à Kidal, le 26 avril 2026.

La junte face à une vulnérabilité sans précédent

Le cœur du pouvoir à Bamako a été directement visé. La mort de Sadio Camara, ministre de la Défense et figure centrale de l’appareil militaire, est perçue comme un séisme. Son assassinat à son domicile de Kati révèle des failles de renseignement majeures et prouve que l’insurrection peut frapper les bastions les plus sécurisés du régime.

Face à cette situation, le Premier ministre a reconnu la complexité de cette menace asymétrique, promettant de renforcer le dispositif sécuritaire. Cependant, l’absence de réaction immédiate de la présidence a alimenté les doutes sur la solidité de la chaîne de commandement.

Le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga (à gauche), le ministre de la Défense Sadio Camara (au centre) et le ministre de la Sécurité et de la Protection civile Daouda Aly Mohammedine (deuxième à droite) assistent à la journée d'ouverture du salon Bamex 25 à Bamako, le 11 novembre 2025.

Inquiétudes pour la stabilité régionale

L’affaiblissement du Mali fait craindre un effet domino dans toute l’Afrique de l’Ouest. En rupture avec ses alliés traditionnels et s’appuyant désormais sur la Russie et les membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), le pays semble de plus en plus isolé.

Pour de nombreux experts, la solution ne peut être que collective. Un dépassement des tensions entre la CEDEAO et l’AES est jugé nécessaire pour bâtir une stratégie de défense commune. Sans une réponse régionale coordonnée, le risque d’un effondrement sécuritaire global dans le Sahel reste une menace imminente.

Vue générale de la circulation sur une route principale de Bamako le 26 avril 2026.