libertés au Burkina Faso : les militaires musèlent-ils la critique ?
L’interpellation musclée d’un prédicateur sunnite influent et la suspension d’un syndicat étudiant majeur suscitent de vives interrogations sur la gestion des libertés au Burkina Faso. Ces événements, survenus en l’espace de quelques jours, révèlent une tension croissante entre les autorités militaires et les voix contestataires.
L’arrestation de l’imam Mohamed Ishaq Kindo, figure spirituelle respectée, la veille de la fête de Tabaski, a jeté un froid dans le pays. Les conditions de son interpellation restent obscures, sans aucune communication officielle des autorités. Pourtant, la Fédération des associations islamiques (Faib) a immédiatement appelé au calme tout en insistant sur le respect des institutions en place.
Des témoins présents sur place rapportent que l’imam a été appréhendé mardi 26 mai aux alentours de 14 heures par des forces de l’ordre encagoulées, mêlant policiers et militaires. Des fidèles ont tenté de s’interposer, déclenchant des affrontements qui ont fait plusieurs blessés.
Ce climat de tension n’est pas nouveau. Depuis des mois, un projet de loi sur les libertés religieuses fait débat. Ce texte vise à renforcer la laïcité de l’État, encadrer les lieux de culte dans les services publics et lutter contre certaines dérives. Des mesures qui soulèvent une forte opposition, notamment au sein des associations musulmanes, exigeant son retrait pur et simple.
Quelques heures après son arrestation, une manifestation de soutien à l’imam Kindo a été dispersée à Ouagadougou à l’aide de gaz lacrymogènes. Un mouvement réprimé dans la violence, alors que circule un message audio de l’imam appelant les autorités à « réfléchir aux conséquences de leurs actes avant d’agir ».
Cette affaire n’est pas isolée. Fin mars, l’imam Mahmoud Barro avait également disparu après avoir critiqué publiquement le même projet de loi. Autre symbole de l’escalade : la suspension de l’Union générale des étudiants burkinabè (Ugeb), accusée d’« apologie du terrorisme » pour une publication dénonçant « l’incapacité des autorités à garantir la sécurité » et leurs promesses non tenues.
les organisations de défense des droits humains s’alarment
Human Rights Watch rappelle le rôle historique de l’Ugeb, fondée en 1960, comme « une force motrice dans la défense des droits des étudiants et dans les combats pour la transparence et la justice sociale ». Pourtant, un procureur de Ouagadougou a annoncé l’ouverture d’une enquête visant « l’auteur ou les auteurs » de la publication incriminée. Un ressortissant burkinabè en exil, cité par l’ONG, dénonce une justice de plus en plus « soumise aux priorités politiques et sécuritaires de la junte ».
Human Rights Watch exige l’abandon immédiat des sanctions contre l’Ugeb et appelle à « cesser de museler les voix indépendantes et les libertés fondamentales ». Selon l’organisation, « réprimer les étudiants ne résoudra en rien la crise sécuritaire et de gouvernance qui s’aggrave au Burkina Faso, où les attaques menées par des groupes armés se multiplient ».
Il y a un mois, la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) avait elle aussi interpellé les autorités burkinabè, exigeant le respect des droits et libertés fondamentaux. Un appel qui, jusqu’à présent, est resté sans écho. Au contraire, la peur s’installe progressivement dans la société. Les journalistes peinent désormais à trouver des interlocuteurs prêts à s’exprimer, tant les risques sont grands. Pourtant, la contestation persiste, notamment à travers les réseaux sociaux et dans l’intimité des foyers burkinabè.
une société sous surveillance
Les dernières décisions des autorités militaires soulèvent des questions légitimes. Entre arrestations arbitraires, suspensions de syndicats et restrictions des libertés, le Burkina Faso semble s’engager sur une voie de plus en plus autoritaire. Une situation qui inquiète les observateurs et alimente les craintes d’un durcissement du régime.
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