Lors d’un échange en direct organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, l’analyste politique Christian Moleka a dressé un tableau nuancé des stratégies militaires et diplomatiques déployées par Kinshasa pour gérer le conflit persistant dans l’est de la République Démocratique du Congo. Malgré un investissement conséquent de 4,5 milliards de dollars, prévu pour la période 2022-2025 dans le cadre de la loi de programmation militaire, Moleka a constaté que les résultats sur le terrain n’étaient « pas à la hauteur des attentes ». Les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) n’ont pas réussi à reprendre l’initiative face à l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) depuis la chute de Bunagana en 2022.
Sur le front diplomatique, l’analyste a reconnu plusieurs succès notables. Il a cité l’adoption de sanctions européennes ciblées contre le Rwanda, une évolution perceptible dans la position de Washington concernant le conflit, ainsi que le vote unanime d’une résolution au Conseil de sécurité des Nations unies. Toutefois, Christian Moleka a mis en lumière un décalage persistant entre ces avancées diplomatiques et la dure réalité du terrain. Il a rappelé le rapport du Groupe d’experts des Nations unies, qui indique que le M23 a étendu son contrôle sur 35% de territoire supplémentaire depuis la signature des accords de Doha. Selon lui, ces outils ont produit des « résultats à durée partielle ».
Interrogé sur la principale cause de ce bilan mitigé, Christian Moleka a affirmé sans équivoque que la « responsabilité est davantage militaire ». Il a illustré la relation intrinsèque entre la diplomatie et l’effort de guerre par une métaphore de danse à deux : « On ne peut pas tenir une position diplomatique sans avoir, d’un côté, un volet militaire qui vous tienne. » L’analyste a averti que les gains obtenus sur la scène internationale pourraient, à terme, se retourner contre Kinshasa si un rapport de force militaire plus favorable n’est pas établi.
En conclusion, Christian Moleka a replacé ce conflit dans une perspective historique, le décrivant comme une « guerre d’usure » qui s’étend sur trois décennies. Il a insisté sur le fait que « ce n’est pas l’intensité qui compte, mais la capacité à tenir longtemps », un défi majeur qui s’impose aussi bien à la diplomatie congolaise qu’à son armée.
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