Le projet de contournement de Yaoundé, une infrastructure routière urbaine majeure au Cameroun, suscite un vif intérêt. Le groupe indien Ashoka Buildcon Limited a officiellement manifesté son souhait de participer à ce dossier ambitieux, dont le coût est estimé à plus de 1 260 milliards de FCFA hors taxes. L’entreprise propose une approche globale, incluant la conception, l’exécution et la structuration financière du projet. Cette offre a été soumise le 9 juin dernier au ministère de l’Habitat et du Développement urbain, l’entité gouvernementale en charge de cette opération.
Lors d’une réunion au ministère, Vinit Chitale, responsable du développement commercial pour les marchés internationaux du groupe, a présenté un modèle EPC (Engineering, Procurement and Construction). Ce schéma implique qu’un contractant unique gère l’ingénierie, l’approvisionnement des matériaux, la construction et la livraison finale de l’ouvrage. La société indienne a également exprimé sa capacité à soutenir la mobilisation des fonds nécessaires, un aspect crucial étant donné que le financement complet du projet n’est pas encore bouclé.
Une rocade de 90 kilomètres pour fluidifier le trafic à Yaoundé
Cette voie de contournement de Yaoundé s’étendra sur 90,54 kilomètres, avec une configuration en 2 × 2 voies. Elle traversera plusieurs départements clés : le Mfoundi, la Lékié, la Mefou-et-Afamba et la Mefou-et-Akono. Le profil large de la route est conçu pour permettre l’intégration future d’une voie express ou d’un système de transport en commun en site propre. Le tracé se divise en quatre segments distincts, partant de Mbankomo, passant par Nkolméyang, Nkozoa, Minkoameyos, avant de revenir à Mbankomo.
L’infrastructure comprendra seize échangeurs, divers ouvrages d’art et des aménagements hydrauliques essentiels pour la sécurité du parcours. Les dernières estimations ministérielles indiquent que la partie purement routière du projet représente 794,7 milliards de FCFA hors taxes. À cela s’ajoute le développement de quatre pôles urbains — situés dans les communes de Mbankomo, Mfou, Soa et Okola — pour un coût additionnel de 469 milliards de FCFA. Le montant total du projet s’élève ainsi à 1 263,7 milliards de FCFA hors taxes.
Ces chiffres, ramenés au kilomètre, illustrent l’ampleur de l’investissement requis. La seule infrastructure routière coûte environ 8,8 milliards de FCFA par kilomètre. En incluant les pôles urbains associés, le coût atteint près de 14 milliards par kilomètre, plaçant ce projet parmi les plus intensifs en capital de la région.
Le tronçon T3, un segment prioritaire pour les partenaires européens
Face à l’impossibilité de lancer toutes les sections simultanément, le gouvernement camerounais a désigné le tronçon T3 comme une priorité opérationnelle. Ce segment de 22,8 kilomètres relie Nkozoa, sur la route nationale n°1, à Minkoameyos, point de raccordement avec l’autoroute Yaoundé-Douala. Sa position stratégique est cruciale pour capter une part significative du trafic de transit avant qu’il n’atteigne le cœur de la capitale, contribuant ainsi à désengorger les voies centrales de Yaoundé.
L’Union européenne et la Banque européenne d’investissement (BEI) ont déjà exprimé un intérêt marqué pour le financement de ce tronçon. Cependant, leur engagement final dépend de la satisfaction de plusieurs exigences techniques, environnementales et sociales, notamment les procédures d’indemnisation, la réalisation d’études d’impact et la finalisation du Plan d’action de réinstallation. C’est dans ce contexte que l’offre d’Ashoka Buildcon pourrait apporter des solutions supplémentaires et diversifier les options de financement pour Yaoundé.
Néanmoins, plusieurs incertitudes persistent. La nature juridique précise du contrat envisagé, les conditions financières, les garanties éventuelles demandées à l’État camerounais et la compatibilité de la proposition indienne avec les bailleurs européens déjà mobilisés sur le T3 restent à définir. Une combinaison de financements concessionnels européens et d’un apport indien pour les autres sections représente une piste à explorer.
Ashoka Buildcon, un acteur diversifié des infrastructures routières indiennes
Ashoka Buildcon Limited est l’un des principaux développeurs d’infrastructures routières en Inde. Le groupe opère non seulement en mode EPC, mais également via des partenariats public-privé (PPP), des contrats BOT (Build-Operate-Transfer) et le modèle Hybrid Annuity, un mécanisme courant en Inde où l’État prend en charge une partie de l’investissement tandis que l’opérateur assume le reste en échange d’annuités. L’entreprise est également active dans les secteurs de l’énergie, du ferroviaire et du bâtiment.
Pour les autorités camerounaises, l’attrait d’un tel partenaire réside dans sa capacité démontrée à intégrer l’ingénierie, l’exécution et la structuration financière au sein d’une offre unique. À ce stade, aucune décision d’attribution n’est prise. Cette démarche s’apparente plutôt à une manifestation d’intérêt pour un projet dont la maturité technique contraste avec les défis persistants du bouclage financier. La concrétisation de ce dossier, mûri depuis des années, en un chantier effectif demeure le véritable test pour Yaoundé, alors que la recherche de partenaires se poursuit activement.
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