Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye met fin aux fonctions d’Ousmane Sonko en tant que Premier ministre
Une décision historique vient d’être annoncée au Sénégal : le président Bassirou Diomaye Faye a officiellement relevé Ousmane Sonko de ses fonctions de Premier ministre, mettant ainsi un terme à plusieurs mois de tensions politiques entre les deux hommes. Cette annonce, diffusée en direct à la télévision nationale par le secrétaire général de la présidence Oumar Samba Ba, précise que tous les membres du gouvernement sont désormais chargés d’expédier les affaires courantes jusqu’à nouvel ordre.
Le chef de l’État n’a pas encore communiqué sur la nomination d’un successeur, laissant planer une incertitude quant à la suite des événements politiques.
Un duo politique au pouvoir depuis avril 2024
Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont formé un tandem politique marquant l’histoire récente du Sénégal. Arrivés au pouvoir après une victoire électorale historique en avril 2024, leur alliance reposait sur un mouvement populaire sans précédent. Sonko, figure charismatique et opposant historique au président Macky Sall, avait été empêché de se présenter à l’élection présidentielle en raison d’une condamnation pour diffamation l’ayant privé de ses droits civiques. C’est donc Faye qui a porté les couleurs de leur mouvement, le Pastef, avant de remporter le scrutin.
Leur campagne commune, symbolisée par le slogan « Diomaye Moy Sonko » (« Diomaye c’est Sonko » en wolof), avait galvanisé une jeunesse sénégalaise en quête de changement. Après des années de répression sous Macky Sall, leur victoire avait été perçue comme l’aube d’une nouvelle ère politique.
Cependant, les tensions entre les deux hommes se sont progressivement intensifiées. Sonko, dont l’influence au sein du Pastef et à l’Assemblée nationale reste majeure, a été critiqué par Faye pour une personnalisation excessive de son rôle. Le président avait d’ailleurs déclaré : « Tant qu’il reste Premier ministre, c’est parce qu’il bénéficie de ma confiance. Quand ce ne sera plus le cas, il y aura un nouveau Premier ministre. »
Les raisons d’une rupture
Plusieurs éléments expliquent cette séparation brutale. D’abord, la question de l’éligibilité de Sonko à la prochaine élection présidentielle de 2029 a cristallisé les divergences. Une réforme du code électoral, adoptée récemment, a ouvert la voie à une candidature de Sonko en 2029, malgré les contestations de l’opposition qui y voit une manœuvre politique en sa faveur.
Ensuite, les prises de position de Sonko sur la scène internationale, notamment ses critiques acerbes contre l’Occident et son discours sur l’homosexualité, ont suscité des tensions avec le président Faye. Sonko avait publiquement dénoncé ce qu’il qualifie de « tyrannie de l’Occident cherchant à imposer l’homosexualité au Sénégal », quelques semaines après l’adoption d’une loi durcissant les peines contre les relations homosexuelles.
Enfin, la gestion des affaires économiques du pays, avec une dette publique atteignant 132% du PIB selon le Fonds monétaire international (FMI), a également alimenté les désaccords. Le gouvernement actuel a accusé l’administration précédente de Macky Sall d’avoir dissimulé la réalité de la situation financière, entraînant la suspension d’un programme d’aide de 1,8 milliard de dollars.
Réactions et perspectives
La nouvelle a immédiatement suscité des réactions. Ousmane Sonko a réagi sur Facebook en déclarant : « Ce soir, je dormirai le cœur léger à Keur Gorgui », son quartier dakarois. Des centaines de ses partisans se sont rassemblés devant son domicile pour le soutenir, témoignant de l’attachement populaire dont il bénéficie.
Côté gouvernemental, aucune annonce n’a encore été faite concernant la nomination d’un nouveau Premier ministre. Le président Faye, dont la popularité reste inférieure à celle de Sonko, semble désormais en position de renforcer son leadership. Certains observateurs évoquent même la possibilité d’une candidature présidentielle de Faye en 2029, malgré un engouement moins marqué que pour Sonko.
Avec des élections locales prévues en 2027 avant la présidentielle de 2029, la scène politique sénégalaise s’annonce plus que jamais sous haute tension.
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