La République gabonaise a officiellement présenté son ambitieux plan énergétique 2026-2035 au Cap, lors du Forum africain de l’énergie, un rendez-vous sectoriel incontournable sur le continent. La délégation gabonaise, menée par le ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, Philippe Tonangoye, a exposé ses orientations stratégiques devant un auditoire composé de plus de quarante-cinq nations, d’institutions financières internationales, de fonds spécialisés et d’acteurs majeurs du secteur. L’objectif clair de Libreville : redéfinir sa place sur la carte énergétique africaine et capter une part des capitaux investis sur le continent.
Un plan décennal pour transformer le secteur énergétique
Cette feuille de route, qui s’étend sur une décennie, vise à structurer de manière pérenne le mix énergétique national. Le Gabon, dont la production d’électricité repose actuellement en grande partie sur l’hydroélectricité et les centrales thermiques, s’efforce de diversifier ses sources d’approvisionnement tout en améliorant l’accès des populations aux services essentiels. La problématique de l’accès universel à l’électricité demeure primordiale, en particulier dans les régions rurales où le taux de raccordement reste nettement inférieur aux moyennes urbaines.
Pour les autorités gabonaises, l’enjeu ne se limite pas à la seule production. Il s’agit également de moderniser un réseau de transport et de distribution dont la vétusté impacte la qualité du service et engendre des pertes techniques. Le plan s’articule ainsi autour de trois piliers fondamentaux : l’accroissement des capacités installées, le renforcement des infrastructures de transport et le déploiement de solutions décentralisées pour les zones isolées. Cette démarche intégrée est conçue pour rendre crédible l’objectif d’un accès universel, érigé en priorité gouvernementale.
Le Cap : une plateforme stratégique pour attirer les investissements
Le choix du Forum africain de l’énergie comme tribune n’est pas le fruit du hasard. Cette rencontre annuelle au Cap rassemble une proportion significative des décideurs publics, des prêteurs multilatéraux et des investisseurs actifs sur le continent. Pour un pays tel que le Gabon, qui doit composer avec des contraintes budgétaires et une dette publique sous surveillance, la mobilisation de financements concessionnels et de capitaux privés constitue une condition sine qua non de la réussite de ce plan décennal.
Philippe Tonangoye a saisi l’occasion pour présenter les futures opportunités d’investissement, tant dans la production d’énergies renouvelables que dans le segment thermique de transition. Le Gabon dispose d’un potentiel hydroélectrique encore largement inexploité, estimé par diverses études à plusieurs gigawatts, ainsi que d’atouts solaires significatifs dans certaines zones du territoire. À cela s’ajoutent les perspectives offertes par le gaz naturel, dont la valorisation locale pour la production électrique représente un axe majeur défendu par les autorités.
La présence d’institutions financières internationales et de fonds d’infrastructures lors de l’événement offre à Libreville un canal direct pour initier des négociations bilatérales. Au-delà des simples annonces, la transformation du plan en projets bancables représente le véritable défi. Les bailleurs attendent généralement des cadres réglementaires stabilisés, des appels d’offres compétitifs et une visibilité tarifaire avant de s’engager sur des horizons longs.
Souveraineté énergétique et choix industriels stratégiques
Le plan 2026-2035 s’inscrit dans une dynamique plus large de réaffirmation de la souveraineté économique portée par les autorités de transition. La question énergétique en constitue un pivot central, dans la mesure où la disponibilité d’une électricité fiable est indispensable au développement des chaînes de valeur industrielles locales, notamment dans le bois, les mines et la transformation des hydrocarbures. L’ambition de monter en gamme sur ces filières exige une offre énergétique compétitive et régulière.
Reste à concilier cet impératif avec les engagements climatiques pris par le pays, qui se positionne comme un acteur exemplaire de la préservation forestière. L’arbitrage entre le développement de capacités thermiques rapidement mobilisables et l’accélération des énergies renouvelables structurera vraisemblablement les choix d’investissement des dix prochaines années. Le Forum du Cap aura permis d’ouvrir publiquement ce débat et de tester l’appétit des investisseurs pour le marché gabonais.
En marge de la rencontre, la délégation conduite par le ministre Philippe Tonangoye a échangé avec plusieurs partenaires afin de préparer la concrétisation des projets identifiés dans le plan décennal.
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