Le Cameroun se positionne comme le principal bénéficiaire des investissements du groupe Agence Française de Développement (AFD) en Afrique centrale, absorbant près de 30 % du portefeuille régional. Les données d’activité de l’institution française pour l’année 2025 révèlent un montant total de 949,6 millions d’euros, ce qui équivaut à environ 623 milliards de FCFA, répartis sur un ensemble de 51 projets en cours. Ce volume conséquent place Yaoundé en tête des capitales régionales, devançant Kinshasa (741,4 millions d’euros), Libreville (646,3 millions d’euros), Brazzaville (484,9 millions d’euros), N’Djamena (308,7 millions d’euros) et Bangui (144,7 millions d’euros).
L’engagement financier se structure à travers les différentes entités du groupe. L’AFD elle-même concentre 875,8 millions d’euros, tandis que sa filiale dédiée au secteur privé, Proparco, contribue à hauteur de 61,8 millions d’euros. Expertise France complète ce dispositif avec 12 millions d’euros. Le portefeuille se compose de 47 initiatives portées par l’AFD et 4 par Expertise France. En considérant uniquement l’AFD, le Cameroun représente 30,7 % du total régional de 2,8 milliards d’euros au 31 décembre 2025.
Infrastructures et développement urbain : les piliers de l’action
La stratégie régionale de ce partenaire financier français met clairement l’accent sur les infrastructures d’envergure. Le rapport souligne que le développement des infrastructures est au cœur de son intervention en Afrique centrale, citant des réalisations phares comme le barrage hydroélectrique de Nachtigal au Cameroun ou la modernisation du Transgabonais. Cette orientation se manifeste également dans les engagements pris en 2025 spécifiquement sur le territoire camerounais.
Dans ce cadre, les infrastructures et le développement urbain captent la part la plus importante des fonds, soit 44,2 %. Le soutien aux institutions financières privées arrive en deuxième position avec 35,9 % des financements. Viennent ensuite la gouvernance (6,8 %), l’éducation, la formation et l’emploi (6,4 %), le secteur productif (2,9 %), l’eau et l’assainissement (2,2 %), et enfin l’agriculture et la sécurité alimentaire (1,7 %). Parmi les opérations majeures, le Projet de lutte contre les inondations à Yaoundé et Douala vise à réduire la vulnérabilité de ces deux grandes métropoles face aux épisodes climatiques récurrents.
Cette répartition sectorielle des investissements reflète l’ampleur des besoins en équipements du pays et la longue histoire de coopération financière entre la France et le Cameroun. Elle incarne également une décision stratégique : concentrer les ressources sur des domaines capables, à terme, de réduire les coûts logistiques et énergétiques pour les entreprises et les ménages.
Une architecture financière dominée par l’emprunt
La nature des instruments financiers mobilisés en 2025 mérite une analyse approfondie par les experts budgétaires. Les prêts souverains constituent le principal moyen de financement, représentant 33,9 % du total. Ils sont suivis par les prêts seniors (23,2 %), les Contrats de Désendettement et de Développement (C2D) à 16,2 %, les garanties (12,6 %), les crédits délégués par l’Union européenne (7,1 %), les subventions (6,3 %) et les Fonds d’Expertise Technique et d’Échanges d’Expériences (FEXTE) à 0,6 %.
En d’autres termes, plus de la moitié des fonds alloués se présentent sous la forme d’instruments remboursables. Cette réalité signifie que le statut de premier bénéficiaire régional s’accompagne d’un futur service de la dette. La soutenabilité de cette dette dépendra directement de la rentabilité économique effective des projets financés. Les C2D, les garanties, les crédits européens et les subventions contribuent à adoucir ce profil sans altérer sa prédominance.
Dans le secteur privé, Proparco a notamment soutenu Prometal, une initiative que le rapport décrit comme un moteur d’industrialisation et de transformation locale. Les programmes SeptentrionEst et SECAL, axés sur les zones rurales, visent à renforcer la résilience territoriale, l’entrepreneuriat et la sécurité alimentaire dans les régions septentrionales, particulièrement exposées aux défis climatiques et sécuritaires.
Transformer le leadership financier en gains économiques concrets
La position prééminente du Cameroun dans les registres du groupe AFD représente un indicateur financier important, mais non un verdict économique définitif. Le bilan de l’institution présente des résultats agrégés pour les projets clôturés entre 2020 et 2025 dans des secteurs tels que l’agriculture, la santé, l’éducation ou l’assainissement, mais ces données sont à l’échelle régionale. Elles ne permettent pas d’évaluer de manière isolée l’impact spécifique du portefeuille camerounais sur la productivité, la qualité des services urbains ou la stimulation de l’investissement privé.
Pour les autorités camerounaises, le véritable défi résidera dans la mise en œuvre. La qualité de l’exécution des projets, la livraison effective des infrastructures, leur exploitation efficiente et leur capacité à réduire les coûts économiques détermineront le rendement final de ces 623 milliards de FCFA. Maintenir le rang de premier portefeuille régional est moins crucial que de démontrer, preuves à l’appui, que ces engagements transforment concrètement l’appareil productif et améliorent les services essentiels du pays.
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