L’Algérie et le Mali : une stratégie de contrôle régional face aux revendications touarègues

L’importance stratégique du Mali pour l’Algérie est manifeste, notamment au vu de la géographie régionale. Les vastes étendues sahariennes, héritées par l’Algérie en 1962, abritent en effet des populations touarègues. Pour Alger, l’objectif politique immuable consiste à contrecarrer toute émergence d’un État touareg indépendant dans le nord du Mali. Cette stratégie passe par la manipulation et la décrédibilisation des aspirations irrédentistes touarègues, afin d’en conserver une maîtrise totale.

La vigilance d’Alger sur la zone saharo-sahélienne est constante et intense. En effet, la prolifération des dynamiques de chaos et des foyers d’instabilité dans cette région représente une menace directe pour l’intégrité territoriale algérienne.

L’engagement algérien dans la région sahélienne remonte aux premières années post-indépendance. Durant le premier conflit touareg malien (1963-1964), le président Ben Bella permit aux forces armées maliennes de poursuivre les insurgés touaregs jusqu’à 200 kilomètres au-delà de la frontière, atteignant ainsi les confins septentrionaux du territoire des Kel Adrar.

Plus tard, en janvier 1991, l’Algérie joua un rôle de médiateur crucial lors de la deuxième guerre touarègue au Mali. Elle orchestra les pourparlers entre le général Moussa Traoré et le Mouvement populaire de l’Azawad (MPA), dirigé par Iyad ag Ghali. Ces négociations aboutirent à la signature de l’Accord de Tamanrasset les 5 et 6 janvier 1991, puis à celle du Pacte national le 11 avril 1992.

Cependant, la stabilité fut de courte durée. Le 23 mai 2006 marqua le début de la troisième guerre touarègue au Mali. Une fois de plus, l’Algérie intervint pour faciliter la conclusion des Accords d’Alger pour la restauration de la paix et du développement dans la région de Kidal.

«En faisant du Mali du Nord un «foyer terroriste», l’Algérie a donc obtenu une double victoire»

Le 11 mai 2007 vit l’éclatement de la quatrième guerre touarègue (2007-2009), initiée par Ibrahim Ag Bahanga. Ce dernier, blessé lors des affrontements, reçut des soins en Algérie. Contraint à l’exil en Libye en 2009, il y perdit la vie dans un accident de la route le 26 août 2011. Une période d’accalmie relative s’ensuivit, perdurant jusqu’en 2012, date du déclenchement du conflit actuel. Là encore, l’Algérie s’est positionnée en acteur central. L’Accord de paix et de réconciliation d’Alger fut signé le 15 mai 2015. Néanmoins, les hostilités persistèrent, le gouvernement de Bamako n’ayant pas pleinement intégré les aspirations touarègues. L’objectif régional algérien est resté inchangé : s’opposer fermement à toute velléité de sécession ou même de simple revendication territoriale de la part des communautés touarègues.

Aujourd’hui, les motivations profondes de cette politique constante deviennent plus transparentes. Elles éclairent de nombreux événements restés jusqu’alors sans explication claire.

Il est crucial de comprendre que l’Algérie perçoit le nord du Mali comme une zone stratégique vitale, hantée par la crainte d’une contagion des revendications touarègues sur sa propre population. C’est dans ce contexte que l’Algérie est accusée d’instrumentaliser les groupes jihadistes, dans le but d’entraver toute formation d’un Nord-Mali autonome. Certains observateurs qualifient cette approche de «stratégie de création d’un foyer contrôlable».

C’est également pourquoi, dès 2001, des groupes islamistes, officiellement traqués par les forces de sécurité algériennes, se sont établis dans les régions touarègues du Mali, bénéficiant d’un armement qui aurait été fourni par le DRS. Par cette tactique d’utilisation et de manipulation, les services algériens auraient réussi à affaiblir le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). Une victoire de ce mouvement aurait en effet représenté un précédent préoccupant pour Alger, au regard de ses propres populations touarègues.

En transformant le nord du Mali en un «foyer terroriste», l’Algérie aurait ainsi remporté une double victoire stratégique :

  1. Elle aurait assuré une protection contre toute propagation des aspirations touarègues à l’intérieur de ses propres frontières.
  2. De plus, en occultant les revendications touarègues de l’Azawad derrière l’image des groupes jihadistes (barbes, drapeaux noirs, convois de pick-up), l’Algérie a pu se positionner comme un «rempart» essentiel face au jihadisme international.