La main du pouvoir au Cameroun : quand biya signe sans être présent

Le président camerounais Paul Biya est finalement revenu au Cameroun après un séjour de 74 jours en Suisse. À son retour, ce n’est pas son visage que les Camerounais ont aperçu, mais une main à travers la vitre légèrement ouverte de la limousine présidentielle. Un détail qui en dit long sur l’état du pouvoir dans le pays.

Ahmed Newton Barry.

Ce retour en demi-teinte a marqué les esprits. Les Camerounais espéraient voir le chef de l’État descendre de l’avion, comme à son habitude, et saluer la foule. Ils n’ont obtenu qu’un geste symbolique : une main levée derrière la vitre. Une image qui rappelle que le pouvoir, au Cameroun, se résume parfois à un simple mouvement de doigts.

La main qui tue

Dans l’histoire, la main a souvent été synonyme de décision ultime. À Rome, le pouce levé ou baissé de l’Empereur condamnait le gladiateur à la vie ou à la mort. Au Cameroun, la main de Biya, visible mais inaccessible, a envoyé un message clair : il est toujours là, même absent physiquement. Une preuve de survie politique dans un pays où le pouvoir se mesure à l’aune de la longévité au sommet.

La main qui triche

Quand les jambes ne suivent plus, il faut ruser. Diego Maradona l’a bien compris en 1986 avec sa fameuse « Main de Dieu ». Au Cameroun, la télévision nationale a validé l’illusion : une main visible, un corps invisible, et pourtant, l’État continue de fonctionner. La CRTV a transformé l’absence en présence, prouvant que dans ce pays, la réalité peut être malléable.

La main qui bénit

Dans les traditions religieuses et monarchiques, la main ointe ou levée est un symbole de bénédiction et de légitimité. Jeudi 20 août, une main-relique est sortie d’une voiture, comme une châsse lors d’une procession. Les Camerounais ont vu en elle une preuve de continuité, alors qu’elle n’était qu’un leurre.

La main qui gouverne

Enfin, il y a la main qui signe. Pendant 74 jours, le Cameroun a fonctionné sans son président, car la main de Biya continuait d’approuver décrets, nominations et lois depuis la Suisse. Le pouvoir repose sur cette simple définition latine : manus, la main, synonyme de puissance et d’autorité. Plus besoin de discours, de corps ou de pas sur le tarmac. Il suffit d’une signature.

Au Cameroun, après quarante-trois ans de règne, les observateurs s’interrogent : combien de temps encore la main de Biya suffira-t-elle à maintenir l’illusion du pouvoir ? Marie Roger Biloa, journaliste camerounaise, résume bien la situation : « Le Cameroun doit se préparer à affronter la disparition définitive d’un président déjà absent de facto. »