Pourquoi l’armée congolaise interdit-elle les téléphones aux soldats ?
L’état-major des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) vient de prendre une décision radicale : interdire l’usage des smartphones aux militaires sur le terrain. Cette mesure s’inscrit dans un contexte où les missions dans l’Est du pays, notamment au Sud-Kivu, se heurtent à des échecs répétés. Selon les autorités militaires, l’utilisation des téléphones portables aurait grandement contribué à ces revers, en exposant les troupes à des risques majeurs.
En effet, les réseaux sociaux regorgent de vidéos montrant des soldats congolais filmant leurs victoires, leurs demandes de renforts, leurs complaintes logistiques, voire même leurs fuites stratégiques depuis les zones de combat. Une pratique jugée extrêmement dangereuse par la hiérarchie, qui menace directement la sécurité des unités.
Un risque permanent pour les troupes
Le porte-parole intérimaire des FARDC, le lieutenant-colonel Mak Hazukay, a rappelé dans un communiqué officiel que l’utilisation non maîtrisée d’un smartphone peut révéler la position exacte des soldats. Un téléphone allumé ou mal utilisé devient une balise pour l’ennemi, facilitant les tirs ciblés ou les embuscades. Les militaires sont désormais tenus de respecter une discipline stricte : ne plus partager leur localisation, leurs mouvements, leurs effectifs ou des images de leurs opérations, que ce soit sur les réseaux sociaux ou via messagerie privée.
Cette interdiction s’applique à tous les théâtres d’opération, y compris les zones sensibles comme Uvira-Fizi, où les combats font rage depuis plusieurs mois. Les autorités militaires insistent : la discrétion est désormais la règle absolue.
Des témoignages qui illustrent les dangers
Un sous-lieutenant des FARDC, ayant requis l’anonymat, témoigne sous couvert de confidentialité : « Je garde toujours mon téléphone sur moi, principalement pour rester en contact avec ma famille. Dans un environnement où la vie et la mort se jouent à chaque instant, savoir que mes proches savent que je suis encore en vie est une nécessité. Personne ne prend le risque d’alerter volontairement l’ennemi. Cependant, si l’ordre est donné, nous obéirons… à condition que la hiérarchie évite de nous imposer des replis stratégiques qui affaiblissent nos positions. »
Une mesure saluée par la société civile
Kelvin Bwija, coordonnateur de la Socico (Société civile du Congo) à Uvira, se félicite de cette décision : « C’est une mesure positive, car certains soldats des FARDC utilisaient leurs téléphones pour communiquer avec des éléments hostiles. Ils transmettaient des informations stratégiques à l’ennemi, voire coordonnaient des attaques contre leurs propres camarades. En tant que société civile, nous soutenons pleinement cette initiative de l’armée. »
L’avis des experts : sécurité avant tout
Maître Aimé Bisimwa, défenseur des droits humains, reconnaît que le smartphone est devenu un outil indispensable dans la vie quotidienne. Cependant, il rappelle que les militaires doivent avant tout servir leur pays en toute discrétion : « Cette règle ne viole aucun droit fondamental. Dans le monde entier, les soldats doivent savoir se taire et ne jamais révéler leur position à l’adversaire. Peu importe les circonstances, leur engagement implique le sacrifice ultime pour la patrie. »
Contexte des combats dans l’Est de la RDC
Sur le terrain, la situation reste tendue. Dans les hauts et moyens plateaux des territoires de Mwenga et Fizi, au Sud-Kivu, les affrontements persistent entre deux coalitions : d’un côté, la coalition rebelle AFC/M23–Twirwaneho, soutenue par l’armée rwandaise selon les rapports de l’ONU ; de l’autre, la coalition FARDC-Wazalendo, épaulée par l’armée burundaise. Ces combats illustrent l’urgence d’une discipline militaire renforcée pour sécuriser les opérations.
Vous pourrez aussi être intéressé par
-
Le partenariat russe avec le Burkina Faso : une souveraineté en question
-
Réchauffement diplomatique entre Alger et Bamako : quelles conséquences pour le Mali ?
-
Le Gabon lance sa révolution numérique pour une administration moderne
-
Sénégal : le premier ministre al aminou lo recadre le leader du pastef sans détour
-
Al aminou lo met en garde ousmane sonko dans une sortie remarquée
