« Ils ont tiré sur des Nigériens pour protéger Tiani » : la colère enfle dans l’armée

Le calme est revenu à Niamey, mais il ne reflète pas la réalité. La tentative de putsch de la fin août a été écrasée, mais le pouvoir du général Abdourahamane Tiani sort affaibli. Des soldats nigériens ont affronté d’autres soldats nigériens, avec l’appui de forces russes. Un fait qui pourrait avoir des conséquences durables.

Une rébellion noyée dans le sang avec l’aide de Moscou

Dans la nuit du 28 au 29 août, des unités militaires basées dans le pays ont attaqué des sites stratégiques de la capitale, notamment la base aérienne 101 et des zones proches du palais présidentiel. Pendant des heures, le sort du régime a semblé incertain.

Pour reprendre le contrôle, le général Tiani a dû faire appel à ses partenaires russes. Les combattants de l’Africa Corps, qui ont succédé à Wagner, sont intervenus aux côtés des loyalistes. Ils ont contribué à reprendre la base et à neutraliser les mutins. L’armée nigérienne a officiellement annoncé avoir rétabli l’ordre, mais des sources concordantes confirment le rôle décisif des forces russes.

La souveraineté à géométrie variable

Depuis le coup d’État de 2023, la junte a justifié son action par la nécessité de recouvrer une souveraineté totale, humiliée par la présence française. Les troupes françaises sont parties, les Américains ont été priés de quitter le pays, et les accords militaires avec l’Occident ont été dénoncés.

Mais aujourd’hui, le pouvoir doit sa survie à des soldats russes venus combattre des militaires nigériens. Une contradiction flagrante avec le discours officiel. Les Nigériens peuvent légitimement se demander à quoi a servi le départ des Français si c’est pour que d’autres étrangers tirent sur des compatriotes afin de maintenir un régime au pouvoir.

Le malaise grandit dans les rangs

Cette mutinerie est le signal le plus fort de défiance depuis l’arrivée de Tiani. Des soldats engagés sur les fronts contre les groupes jihadistes, qui subissent des pertes et des conditions difficiles, semblent avoir nourri cette révolte. Ils voient leurs camarades tomber, les attaques se multiplier, et le pouvoir incapable de tenir ses promesses de sécurité.

L’intervention russe pourrait avoir transformé cette frustration en rage. Un soldat peut accepter de mourir pour son pays, mais difficilement d’être abattu par des étrangers venus protéger un régime contesté.

De tombeur de Bazoum à protégé de Moscou

Le parcours de Tiani est un paradoxe. En juillet 2023, il renversait le président élu Mohamed Bazoum, promettant de restaurer la sécurité et la dignité. Trois ans plus tard, il doit faire appel à des forces étrangères pour se maintenir au pouvoir.

On peut s’interroger sur ce qui se serait passé si Bazoum avait accepté l’offre française d’intervention. À l’époque, Paris avait proposé son aide, mais le président déchu avait privilégié le dialogue. Une décision qui a probablement facilité la tâche aux putschistes.

L’Algérie entre en scène

Autre développement majeur : Alger a envoyé des moyens militaires à Niamey après la tentative de putsch. Des avions de combat et de transport ont été déployés, signe d’un soutien stratégique accru au régime. Même si les Algériens n’ont pas eu à combattre, leur présence envoie un message : Tiani n’est plus isolé.

Mais cette multiplication d’alliés étrangers pose question : combien de puissances faudra-t-il pour protéger un pouvoir qui perd l’adhésion de son armée ?

Une bombe à retardement dans les casernes

La rébellion du 29 août n’était peut-être qu’un avertissement. Les armes russes ont permis de gagner une bataille, mais elles n’ont pas résolu les problèmes de fond : frustrations, pertes, manque de moyens.

Un régime peut survivre à une tentative de putsch, mais il ne peut pas gouverner éternellement contre une armée qui le considère comme inféodé à une puissance étrangère. Le vrai danger pour Tiani se trouve peut-être moins au palais que dans les casernes, où la colère couve.

Les Russes peuvent protéger Tiani, l’Algérie peut le soutenir, mais aucune puissance étrangère ne remplacera la loyauté des soldats nigériens. Le régime a peut-être gagné la bataille, mais il a peut-être perdu la confiance de ceux qui portent l’uniforme.