Le coup d’État de 2025 : un tournant aux conséquences électorales imprévisibles
L’histoire électorale de la Guinée-Bissau a basculé le 25 novembre 2025, lorsque l’armée a interrompu le décompte des voix de l’élection présidentielle. Entre les revendications contradictoires d’Umaro Sissoco Embaló et de Fernando Dias da Costa, et les accusations troubles de déstabilisation brandies par les militaires, le scrutin n’a jamais abouti à une proclamation officielle. Selon des rapports internes, les bulletins de vote ont disparu, tandis que des figures de l’opposition se sont retrouvées incarcérées. Ce chaos a laissé planer un doute persistant : qui, au juste, avait remporté cette élection si controversée ?
Une transition sous surveillance : les promesses des militaires face à la réalité
Face à la pression internationale, la junte a tenté de se légitimer en promettant un retour à l’ordre civil. Le général Horta N’Tam a été installé à la tête d’une transition censée organiser des élections présidentielle et législatives en décembre 2026. Pourtant, dès les premières annonces, les zones d’ombre se sont multipliées : des opposants empêchés de participer, un Parlement transitoire aux pouvoirs étendus, et une Constitution révisée en catimini. La junte affirmait que ces réformes visaient la stabilité, mais pour ses détracteurs, elles ressemblaient étrangement à une manœuvre pour pérenniser le pouvoir militaire.
La Constitution de 2026 : un outil de pouvoir déguisé en réforme
Le référendum d’août 2026 a scellé un tournant institutionnel majeur. En remplaçant le système semi-présidentiel par un régime hyperprésidentiel, en réduisant le nombre de députés de 102 à 65 et en fusionnant les districts administratifs, les autorités ont redessiné les règles du jeu politique. Le Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) et la société civile ont dénoncé une instrumentalisation du processus. Le boycott massif du vote constitutionnel a révélé l’ampleur du rejet : pour beaucoup, ces changements préparaient le terrain à une transition prolongée plutôt qu’à un retour à la démocratie.
6 Décembre 2026 : un calendrier en sursis ou un leurre politique ?
À quelques semaines de l’échéance, les signaux d’alerte se multiplient. La Commission électorale indépendante alerte sur l’impréparation technique, tandis que le Premier ministre évoque l’impréparation des partis. Un report semble inévitable, mais derrière cette décision se cache une question bien plus large : un décalage ne servirait-il pas les intérêts des militaires en maintenant le pays sous tutelle ? L’opposition craint que les élections ne se transforment en une mascarade, avec des candidats exclus, des médias muselés et des forces de sécurité sous influence.
Les conditions d’une transition crédible : bien plus qu’une date
La promesse initiale d’un retour à la démocratie ne se résume pas à une date reportée dans un décret. Sa crédibilité dépend d’actes concrets : la libération des prisonniers politiques, la levée des restrictions sur l’opposition, la neutralité des institutions et la garantie d’un scrutin transparent. Sans ces garanties, un report prolongerait la crise, alimentant les tensions sociales et affaiblissant la confiance dans les institutions. À l’inverse, un processus inclusif et rigoureux pourrait enfin apaiser le pays et permettre une transition sereine.
L’enjeu final : démocratie ou transition éternelle ?
La Guinée-Bissau se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Le report possible des élections du 6 décembre 2026 n’est pas qu’une question d’organisation : c’est un test pour la junte. Va-t-elle respecter sa promesse de rendre le pouvoir aux civils, ou utiliser les circonstances pour consolider son emprise ? Pour les citoyens bissau-guinéens, l’enjeu est clair : ces élections ne doivent pas devenir un leurre, mais bien le premier pas vers une démocratie restaurée. L’histoire jugera si la transition militaire aura été une parenthèse nécessaire… ou une nouvelle étape vers l’autoritarisme.
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