fraternité tendue entre le Maroc et le Sénégal après la can 2021 : quand le football réveille les tensions
Arriver à Dakar en ressentant une certaine méfiance n’était pas anodin. La Coupe d’Afrique des nations (CAN) a marqué les esprits au point de redéfinir les relations entre le Maroc et le Sénégal. Une finale controversée a suffi à réveiller des tensions que beaucoup pensaient définitivement enterrées.
le football, miroir des divisions : un match qui a tout changé
Amadou, chauffeur de taxi dakarois d’une cinquantaine d’années, abordait la discussion avec un sourire sincère. Pourtant, dès qu’il découvrit mes origines marocaines, son attitude se transforma. Malgré des propos toujours courtois, sa phrase « Malgré tout, le Maroc et le Sénégal sont frères… » sonnait comme un aveu : et si cette fraternité n’était plus qu’un lointain souvenir ?
Peut-on imaginer qu’un simple match de football ait le pouvoir de fissurer des décennies d’amitié ? Ou n’a-t-il été que le déclencheur d’un malaise bien plus profond ? La question reste sans réponse, mais une évidence s’impose : la CAN 2021 est devenue le symbole d’une relation désormais teintée de frustration et de ressentiment.
des tensions qui imprègnent le quotidien dakarois
Dans les rues animées du Plateau, à Dakar, les échanges commerciaux reflètent cette atmosphère tendue. Négocier le prix d’un tissu local devient un véritable parcours du combattant. Un vendeur propose un tarif de 13 000 XOF le mètre. Après de longs marchandages, l’argument « Nous sommes vos frères du Maroc ! » est lancé. Mais cette fois, il ne fonctionne plus. La réponse est cinglante : « Ah, si c’est le Maroc, alors le prix passe à 20 000 XOF ! »
La tension monte, l’ambiance se dégrade. Les clients marocains se voient priés de quitter les lieux, comme s’ils étaient devenus indésirables. Dans les discussions, un thème revient sans cesse : la libération des supporters sénégalais détenus au Maroc après la finale. Une demande récurrente, presque obsessionnelle, qui témoigne d’un mécontentement persistant.
le boycott et les non-dits qui empoisonnent les relations
Certains Sénégalais vont plus loin en boycottant les commerces tenus par des Marocains. Leurs propos, bien moins diplomatiques que ceux des responsables politiques, révèlent une colère et une déception qu’il est impossible d’ignorer. Pourtant, ils ajoutent, non sans ironie : « Au Sénégal, nous aimons beaucoup les Marocains… ».
Cette phrase, en apparence positive, est lourde de sous-entendus. Les trois petits points qui suivent pourraient tout aussi bien cacher des mots comme rancœur, méfiance ou déchirement. Une chose est sûre : si ces émotions ne sont pas apaisées, elles risquent de s’ancrer durablement dans les mentalités.
un espoir de réconciliation malgré les blessures
Les gouvernements et les fédérations finiront par trouver un terrain d’entente, car l’intérêt commun prime. Mais pour les peuples, les plaies mettent plus de temps à se refermer. Ce séjour à Dakar, bien que marqué par ces tensions, a aussi révélé la chaleur humaine et la générosité de ses habitants. Leur amitié, sincère et sans ambiguïté, a su éclairer ce voyage.
Espérons que ces sentiments négatifs s’estomperont avec le temps, pour que la fraternité entre le Maroc et le Sénégal retrouve toute sa splendeur.
