Financements bad menacés au Cameroun : 292 milliards de FCFA en péril

Lors d’un point d’étape organisé à Yaoundé en juillet 2026, les autorités camerounaises et la Banque africaine de développement (BAD) ont révélé une situation financière alarmante. Sept projets validés par l’institution, représentant un total de 373,419 millions d’unités de compte — soit près de 292 milliards de francs CFA —, risquent d’être annulés. Le problème ne vient pas d’un manque de ressources, mais bien de la paralysie des procédures internes qui retarde indéfiniment leur mise en œuvre.

Il s’agit de prêts et de dons déjà approuvés, mais dont les accords n’ont pas été signés dans les délais impartis ou pour lesquels aucun décaissement n’a été engagé malgré la finalisation juridique. Six dossiers sont bloqués au stade de la signature, tandis qu’un septième, bien que doté d’un accord signé, n’a vu aucun fonds débloqué après plus de quinze mois d’attente. Le montant cumulé des financements en suspens atteint 339,419 millions d’UC, soit environ 265 milliards de FCFA.

la route ngoura-yokadouma, un géant financier à l’arrêt

Parmi ces projets en péril, un occupe une place prépondérante. Le Programme de désenclavement et de connectivité des bassins économiques transfrontaliers, dédié à l’aménagement de la route Ngoura-Yokadouma dans la région de l’Est, concentre à lui seul 265,4 millions d’UC, équivalant à quelque 207 milliards de FCFA. Ce chantier, approuvé le 18 février 2026, attend toujours la signature de l’accord de prêt, malgré son importance stratégique pour l’économie locale.

Cinq autres initiatives subissent le même sort. Le Projet d’appui à l’Université panafricaine (phase 2), doté de 3,64 millions d’UC et validé en décembre 2024, n’a toujours pas vu son accord finalisé. S’ajoutent à cette liste l’étude d’aménagement hydroélectrique de Minkouma sur le fleuve Sanaga (2,994 millions d’UC), le projet d’études de la cité universitaire CUA-Y2 (2,320 millions d’UC), ainsi que le programme PROSTABLT de prévention des risques au lac Tchad (5,095 millions d’UC).

Un septième dossier, d’envergure régionale, complète ce tableau inquiétant. Il s’agit du projet de facilitation du transport et du commerce, incluant la construction d’un pont sur le fleuve Ntem à la frontière avec la Guinée équatoriale. Approuvé en novembre 2023, il combine un prêt BAD de 39,97 millions d’UC et un prêt FAD de 20 millions d’UC.

parzik2 : un accord signé, mais zéro décaissement

Le Projet d’aménagement des routes de désenclavement de la zone industrielle et portuaire de Kribi (PARZIK2) illustre une autre forme de dysfonctionnement. Bien que son accord ait été signé, aucun décaissement n’a été enregistré sur les 34 millions d’UC alloués — soit environ 26,54 milliards de FCFA — après plus de quinze mois d’attente. Kribi, cœur stratégique de la politique industrielle et portuaire du Cameroun, voit ainsi ses ambitions retardées par cette inertie administrative.

des délais deux fois plus longs que prévu

Les chiffres présentés lors de cette revue sont sans appel. Le délai moyen entre l’approbation d’un financement et la signature de l’accord atteint douze mois, alors que la BAD table sur trois mois. Pour l’entrée en vigueur, il faut compter seize mois en moyenne, contre cinq mois attendus. Quant au premier décaissement, il intervient après vingt et un mois, alors que l’objectif est fixé à douze mois. Près de deux ans s’écoulent donc avant que le moindre euro ne soit engagé sur le terrain.

Le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, a souligné l’ampleur des lacunes. Il a pointé du doigt la préparation insuffisante des projets, les retards dans les appels d’offres publics, ainsi que des unités de gestion parfois défaillantes. La mobilisation tardive des fonds de contrepartie par l’État aggrave encore la situation, alourdissant les coûts et sapant la confiance des partenaires financiers.

Depuis ses débuts au Cameroun en 1972, la BAD y a engagé 130 prêts et dons totalisant 3 345 milliards de FCFA. Le programme 2023-2028 prévoit onze nouvelles opérations pour un montant de 833,8 milliards de FCFA. Pourtant, la transformation de ces promesses en réalisations concrètes reste le principal défi de la coopération financière entre Yaoundé et l’institution panafricaine.