Un marché à bétail transformé en camp de déplacés, aujourd’hui rayé de la carte
Le garbal de Faladiè, situé en périphérie de Bamako, n’est plus qu’un champ de ruines. Ce marché à bétail, qui abritait également un camp de déplacés internes, a été entièrement démoli par les bulldozers dimanche dernier. Résultat : plus de 300 familles, principalement originaires du centre du Mali, se retrouvent sans toit, sans ressources et sans solution immédiate.
Cette destruction s’inscrit dans une série de mesures prises par les autorités maliennes après les attaques djihadistes de Jnim en avril 2024, ciblant notamment l’école de gendarmerie et des sites militaires stratégiques de la capitale. Plusieurs marchés à bétail, suspectés d’avoir servi de refuge à des combattants, avaient alors été fermés. Mais le cas de Faladiè est particulier : le camp de déplacés, créé en 2019, bénéficiait jusqu’ici du soutien d’organisations humanitaires et des autorités locales.
Des vies brisées : l’histoire de Dado et des familles déplacées
« Nous avons quitté notre village il y a six ans à cause de la guerre. » Ces mots de Dado, une mère de famille originaire du cercle de Bankass, résument le drame de centaines de personnes contraintes à l’exode. Elle raconte :
« Nous sommes sept : ma mère, mes deux filles et mes trois garçons. Nous pensions être en sécurité ici, à Bamako. »
Autour d’elle, environ 2 000 personnes, majoritairement des femmes et des enfants, errent désormais dans un paysage dévasté. Privés de tout, ils manquent cruellement de nourriture, d’eau potable et d’accès aux soins. Avant la démolition, beaucoup survivaient en récupérant des déchets ou des restes alimentaires pour les revendre aux éleveurs. Aujourd’hui, cette activité n’est plus possible, et la survie quotidienne devient un combat.
Une relocalisation prévue, mais des promesses non tenues
Officiellement, les déplacés devaient être relogés à Sanankoroba, à 35 km de Bamako, sur un site aménagé par l’État. Pourtant, ce centre est jugé « non fonctionnel » par les vendeurs de bétail et les familles concernées. Dado lance un appel désespéré :
« On nous demande de partir. Nous acceptons, car nous n’avons pas le choix. Mais nous supplions les autorités de nous trouver un autre endroit. Le plus urgent, c’est un toit. Sans abri, tout le reste devient secondaire. »
Elle ajoute que le camp informel de Faladiè était soutenu par des organisations humanitaires locales et internationales, ainsi que par les autorités maliennes. Pourtant, la Direction nationale du développement social se refuse pour l’instant à commenter la situation, évoquant un « délai trop court » pour évaluer les conséquences.
Une crise humanitaire qui s’aggrave
La destruction du garbal de Faladiè illustre les défis croissants des déplacés internes au Mali, cinq ans après le coup d’État de 2020. Les violences répétées dans le centre du pays ont poussé des milliers de familles vers la capitale, où elles espéraient trouver refuge. Or, les solutions proposées peinent à répondre à l’ampleur de la crise. Entre promesses non tenues et absence de structures adaptées, le cercle vicieux de la précarité s’installe.
Pour Dado et ses proches, l’avenir reste incertain. Leur priorité ? Retrouver un minimum de stabilité. Mais dans un contexte où les ressources manquent et où les solutions se font attendre, l’espoir semble s’amenuiser jour après jour.
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