« Le départ des mercenaires russes conditionne notre retour chez nous » : tel est le sentiment de Mosso*, un exilé malien ayant trouvé refuge en Mauritanie. Après les offensives majeures lancées fin avril contre les forces armées maliennes et leurs alliés d’Africa Corps, l’espoir d’un rapatriement renaît timidement. Ces opérations coordonnées, menées par les indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), ont sérieusement ébranlé le pouvoir en place au Mali, causant notamment la perte du ministre de la Défense.
À Fassala, localité mauritanienne située à la lisière de la frontière, les témoignages sur les exactions des paramilitaires russes sont légion. Désignés localement sous le nom de « Wagner », ces hommes appuient l’armée malienne dans ses opérations sécuritaires depuis le retrait des troupes françaises.
La présence d’Africa Corps au cœur des inquiétudes
Abrité sous une tente précaire pour se protéger d’un soleil de plomb, Mosso ne cache pas son hostilité envers Assimi Goïta, le dirigeant de la transition malienne. « C’est lui qui a ouvert la porte à Wagner », déplore cet éleveur touareg de 57 ans. Ayant fui la zone de Mopti il y a peu, il raconte l’arrivée d’hommes blancs dans son campement et les enlèvements qui ont suivi. Son propre frère aurait été exécuté par ces éléments russes l’année dernière.
Au Mali, de nombreux civils se retrouvent pris entre deux feux, souvent accusés de complicité avec l’un ou l’autre camp. Cette situation a poussé plusieurs organisations de défense des droits humains à saisir la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) pour dénoncer les violations attribuées aux forces maliennes et à leurs partenaires russes.
La diffusion d’images montrant des colonnes russes quittant Kidal, désormais aux mains de la rébellion touareg, a suscité un optimisme prudent. Comme Mosso, ils sont près de 300 000 Maliens à s’être installés dans la région du Hodh Chargui, fuyant une crise qui dure depuis 2012.
Tensions et alliances complexes sur le terrain
Le camp de Mbera, situé à une cinquantaine de kilomètres de la frontière, abrite environ 120 000 personnes. Ahmed*, un trentenaire exilé, y attend la fin des hostilités. Pour lui, l’arrivée des supplétifs russes a exacerbé les amalgames dont sont victimes certaines communautés. Cependant, tous ne voient pas d’un bon œil les récentes victoires rebelles. Abdallah*, un réfugié de 77 ans, exprime son malaise face à la coopération entre le FLA et les jihadistes du Jnim, dont l’idéologie radicale heurte ses convictions de musulman modéré.
L’insécurité est également alimentée par les blocus imposés par le Jnim sur plusieurs villes maliennes, provoquant l’arrivée de 14 000 nouveaux réfugiés, essentiellement des femmes et des enfants, selon les données du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
Une pression accrue sur les ressources mauritaniennes
La recrudescence des combats fait craindre une nouvelle vague migratoire massive vers la Mauritanie. Dans ce pays qui jouit d’une stabilité notable au sein d’un Sahel tourmenté, l’accueil de centaines de milliers de personnes pèse lourdement sur les infrastructures locales. Cheikhna Ould Abdallahi, maire de Fassala, souligne les tensions croissantes sur l’accès à l’eau, aux pâturages et aux soins de santé.
Alors que le FLA affiche son ambition de reprendre le contrôle des centres urbains du Nord-Mali, l’incertitude demeure totale. Tilleli*, une jeune mère de 22 ans ayant fui le pillage de son village dans le centre du pays, reste sceptique : « Je ne pourrai envisager un retour qu’une fois les mercenaires partis, mais la paix semble encore bien loin ».
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