Dialogue avec les groupes armés au Mali : une option désormais inévitable ?

Depuis les offensives coordonnées de la fin avril contre Bamako, Kati, Gao, Sévaré et Kidal, une interrogation autrefois taboue s’invite avec insistance dans les cercles sécuritaires maliens : faut-il ouvrir un canal de discussion avec les organisations djihadistes ? Face à la puissance de frappe déployée par le Jnim (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), affilié à Al-Qaïda, agissant de concert avec les rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA), plusieurs experts estiment que la réponse strictement militaire touche aujourd’hui ses limites.

L’offensive s’est propagée avec une célérité surprenante, touchant des symboles du pouvoir jusque dans la périphérie de la capitale. Pour la première fois, une synergie d’action entre le Jnim et le FLA a été observée. Ce dernier, structuré fin 2024, milite pour l’autodétermination de l’Azawad, ce vaste territoire septentrional du Mali. Ces événements ont mis en lumière la fragilité du pouvoir actuel, que ni les forces d’Assimi Goïta ni leurs partenaires russes d’Africa Corps ne parviennent à stabiliser durablement.

Une alliance tactique qui fragilise Bamako

Bien que la junte rejette officiellement toute idée de dialogue avec ceux qu’elle qualifie de terroristes, l’hypothèse de négociations gagne du terrain dans les débats diplomatiques et médiatiques. La dégradation de la sécurité et l’asphyxie progressive de la capitale alimentent cette réflexion. Pourtant, Bamako maintient une ligne de conduite martiale, excluant publiquement tout compromis malgré une pression constante sur le terrain.

Dans le centre du pays, les violences ne faiblissent pas. Des attaques récentes dans la zone de Bankass, touchant les villages de Kouroude et Dougara, auraient causé la mort de 70 à 80 personnes selon des sources locales. Cette insécurité chronique place l’Alliance des États du Sahel (AES) — regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger — dans une situation complexe, alors que ces régimes ont fondé leur légitimité sur la promesse d’un retour à l’ordre.

La stratégie de l’encerclement et de l’usure

Le Jnim semble avoir fait évoluer ses méthodes. Au-delà des affrontements directs, le groupe djihadiste mise sur un rapport de force global pour contraindre les autorités à la discussion. Cette stratégie passe par des blocus économiques, l’isolement des centres urbains et le contrôle des axes logistiques majeurs, notamment le corridor vital reliant Bamako à Dakar.

Certains analystes soulignent que le groupe armé cherche à fragiliser le système de l’intérieur en exploitant ses failles structurelles. Fait notable : le Jnim ne poserait plus l’application immédiate de la charia comme un préalable non négociable à toute discussion. Parallèlement, la rivalité avec l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) complexifie encore davantage l’échiquier sécuritaire régional.

Vers un changement de paradigme politique ?

Si le discours officiel reste focalisé sur la force, la réalité du terrain est plus nuancée. Les exactions attribuées aux forces régulières et à leurs alliés russes auraient causé la mort de près de 1 500 civils en un peu plus d’un an, un chiffre bien supérieur aux victimes imputées au Jnim sur la même période. Cette situation alimente un sentiment d’injustice qui profite au recrutement des groupes insurgés.

Face à cette impasse, des voix s’élèvent pour prôner un « compromis des braves ». L’idée serait d’intégrer les éléments djihadistes dans un processus politique afin de les confronter à l’exercice du pouvoir, tout en fixant des lignes rouges inaliénables : le caractère laïque de l’État et l’égalité entre les citoyens. Alors que les offensives se rapprochent du cœur du régime, la négociation, autrefois perçue comme une trahison, s’impose de plus en plus comme une nécessité stratégique pour l’avenir du Mali.