Décentralisation au Tchad : Albert Pahimi Padacké pointe les limites de l’administration centrale
L’ancien Premier ministre et actuel sénateur tchadien, Albert Pahimi Padacké, a récemment attiré l’attention sur les blocages persistants dans la mise en œuvre de la décentralisation au Tchad. Lors d’une conférence-débat organisée en mai 2026, il a souligné l’écart entre les ambitions affichées par les autorités et la réalité des pratiques administratives, dominées par une centralisation excessive.
Une conférence-débat suivie par des centaines d’acteurs clés
Le grand amphithéâtre de l’École Nationale d’Administration (ENA) Idriss Déby Itno était comble ce jour-là. Cadres administratifs, étudiants en formation et personnalités politiques s’étaient réunis pour écouter Albert Pahimi Padacké, président du parti RNDT-Le Réveil, partager son analyse sur la décentralisation au Tchad. Le thème, « De la décentralisation dans la dynamique du développement : cas des conseils provinciaux », a suscité un vif intérêt, reflétant l’urgence d’une réforme institutionnelle profonde.
Pendant plus de deux heures, l’ancien chef du gouvernement a exposé sans détour les faiblesses structurelles qui freinent l’autonomie des provinces. Malgré les textes officiels en faveur de la régionalisation, le système reste ancré dans une logique centralisée où les décisions, même locales, peinent à s’émanciper des schémas traditionnels.
Les promesses théoriques de la décentralisation
Albert Pahimi Padacké a rappelé que la décentralisation est un levier essentiel pour un développement équilibré. En rapprochant les centres de décision des territoires, elle permettrait une meilleure adéquation entre les besoins locaux et les politiques publiques. Éducation, santé, infrastructures : ces secteurs pourraient enfin bénéficier d’une gestion adaptée, avec des réponses plus rapides et plus ciblées.
Pour le leader du RNDT-Le Réveil, il est impensable que chaque initiative, même modeste, doive obtenir l’aval des ministères basés à N’Djamena. « Le Tchad ne se développera pas durablement si chaque village dépend encore des décisions prises dans les bureaux de la capitale », a-t-il martelé.
Le poids d’une administration centrale réticente
Le diagnostic d’Albert Pahimi Padacké est sans appel : la décentralisation au Tchad reste largement théorique. Malgré l’existence de conseils provinciaux, ceux-ci manquent cruellement d’autonomie financière et opérationnelle. Le pouvoir central conserve un contrôle strict sur les ressources et les compétences, étouffant toute velléité d’autonomie locale.
Le sénateur a dénoncé cette « centralité verticale » qui bloque toute avancée. Sans moyens concrets, les provinces ne sont que des coquilles vides, incapables de jouer leur rôle dans le développement national. « Une décentralisation sans transferts de ressources n’est qu’une façade », a-t-il résumé.
Un appel à des réformes audacieuses
Face à ce constat, Albert Pahimi Padacké a plaidé pour une refonte radicale du système. Il a appelé à une rupture avec les pratiques passées, afin de confier aux élus locaux les véritables leviers de gestion. Pour lui, les conseils provinciaux doivent devenir des acteurs autonomes, capables de mobiliser les financements et de piloter des projets adaptés à leur réalité.
La salle, composée en partie de futurs hauts fonctionnaires, a réagi avec un vif intérêt. Les échanges qui ont suivi ont confirmé l’importance de cette question dans l’agenda politique tchadien. La décentralisation n’est plus seulement une option : elle est devenue un impératif pour l’avenir du pays.
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