Crise humanitaire au Burkina Faso : des milliers de déplacés à cause des violences

Le Burkina Faso fait face à une crise humanitaire majeure depuis le début de l’année, marquée par une hausse alarmante des déplacements forcés dus aux attaques répétées des groupes djihadistes. Selon les dernières estimations des agences humanitaires, près de 230 000 personnes ont été contraintes de quitter leur foyer depuis janvier 2025, aggravant une situation déjà précaire dans ce pays du Sahel.

Les violences touchent particulièrement les familles et les enfants, dont les conditions de vie se détériorent chaque jour. Les régions du Nord, du Sahel, de l’Est, du Centre-Est et de la Boucle du Mouhoun enregistrent les plus hauts niveaux de déplacements, avec des conséquences dramatiques sur l’accès aux services essentiels.

Des chiffres alarmants et une situation en constante dégradation

Le Groupe de coordination opérationnelle de la réponse rapide (GCORR) a recensé 37 000 ménages déplacés suite à 48 alertes de déplacement, soit une augmentation de 92 % par rapport à l’année précédente. En mai 2025 seulement, 41 000 personnes ont été affectées par 12 alertes de déplacement dans tout le pays.

La région de la Boucle du Mouhoun est la plus touchée, avec plus de 106 000 déplacés, dont 65 000 enfants, répartis dans 13 localités comme Dédougou, Di et Tougan. Ces chiffres représentent près de 45 % des déplacés internes au Burkina Faso.

Des besoins humanitaires colossaux pour une population en détresse

Les attaques des groupes armés ciblent aussi bien les Forces de défense et de sécurité, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) que les civils, plongeant le pays dans une instabilité chronique. L’UNICEF alerte sur des besoins humanitaires « considérables » dans plusieurs secteurs clés :

  • Abris d’urgence : des milliers de familles vivent sous des tentes ou dans des conditions précaires.
  • Sécurité alimentaire : la pénurie menace plus de 1,3 million de personnes.
  • Accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène : des infrastructures détruites limitent l’accès à ces services vitaux.
  • Protection des enfants : risques d’enlèvements, de recrutement forcé et de violences.
  • Éducation : des écoles fermées ou détruites privent des milliers d’enfants de leur droit à l’instruction.

En avril 2025, plus de 10 000 enfants ont été admis pour un traitement contre la malnutrition aiguë sévère, dont la moitié dans les régions en crise. Depuis janvier, 36 000 cas ont été enregistrés, dont 20 000 dans des zones d’insécurité. À la fin mai, 179 000 personnes (soit 28 % des 1,3 million de personnes dans le besoin) avaient bénéficié d’un traitement, dont 8 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère.

Djibo, une ville asphyxiée par le blocus djihadiste

La ville de Djibo, située dans la province du Soum, est particulièrement emblématique de la crise. Depuis décembre 2024, la population de 48 000 personnes (déplacés et résidents) vit sous blocus, sans accès aux denrées alimentaires et aux soins. L’UNICEF et ses partenaires locaux interviennent pour fournir une assistance dans les domaines de l’eau, de la santé, de la nutrition et de l’éducation, mais les défis restent immenses.

Les travailleurs humanitaires et les civils sont exposés à des risques accrus : engins explosifs improvisés, menaces d’enlèvements, pénuries de ressources. Ces obstacles entravent gravement les opérations d’aide et aggravent la détresse des populations.

Face à cette urgence humanitaire, les organisations sur le terrain appellent à une mobilisation internationale accrue pour répondre aux besoins urgents et restaurer la sécurité dans les régions les plus touchées.