Picture taken about 15 km North-West of Niamey during the dry cooler season in the Sahel

Crise au Sahel : l’expansion jihadiste et l’autoritarisme menacent la région

crise au Sahel : l’expansion jihadiste et l’autoritarisme menacent la région

Le Sahel, souvent éclipsé par d’autres crises internationales, traverse une période de profonde instabilité. Malgré le silence médiatique, les défis sécuritaires et politiques persistent, voire s’aggravent. Entre l’expansion des groupes jihadistes et la montée des régimes autoritaires dans les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), la région fait face à une crise multidimensionnelle aux répercussions régionales et internationales.

L’attention mondiale s’est tournée vers d’autres conflits, comme l’invasion de l’Ukraine ou les tensions au Moyen-Orient, reléguant le Sahel au second plan. Pourtant, les crises qui minent cette région depuis plus d’une décennie continuent de s’intensifier, avec des conséquences dramatiques pour les populations locales.

l’AES face à l’expansion jihadiste : une promesse non tenue

Les régimes militaires arrivés au pouvoir lors des récents coups d’État avaient promis d’éradiquer la menace jihadiste. Pourtant, cette ambition n’a pas été réalisée. Au contraire, les groupes armés gagnent du terrain, multipliant les attaques meurtrières contre les civils dans les pays membres de l’AES : le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Aujourd’hui, le Sahel est la région la plus touchée par la violence jihadiste au monde.

le Mali : entre attaques jihadistes et tensions internes

La situation au Mali illustre la complexité des défis sécuritaires. Après l’expulsion de la MINUSMA en 2023, les autorités maliennes ont relancé des opérations militaires, mais la violence persiste. Les groupes jihadistes, notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), ont démontré une capacité d’adaptation et une audace croissante. En septembre 2024, ils ont mené des attaques simultanées contre une école de gendarmerie et l’aéroport militaire de Bamako, causant plus de 70 morts parmi les forces de sécurité.

Les civils ne sont pas épargnés. En juillet 2024, une attaque lors d’un mariage dans la région de Mopti a fait 40 victimes. En représailles, des frappes de drones menées par l’armée malienne ont tué plus de 20 civils. Malgré cette escalade de la violence, les sondages de 2024 montrent que les Maliens conservent une confiance relative dans leurs forces armées.

le Burkina Faso : une militarisation de la société

Au Burkina Faso, la situation sécuritaire s’est détériorée de manière alarmante. En 2024, les forces armées de l’État auraient perdu le contrôle de 60 % du territoire, avec une présence accrue du JNIM dans 11 des 13 régions du pays. L’attaque la plus meurtrière de l’histoire du Burkina Faso s’est produite en août 2024 à Barsalogho, où les jihadistes ont tué entre 130 et 600 civils, principalement des personnes âgées, des femmes et des enfants.

Les forces de l’État ont également commis des exactions, comme l’exécution sommaire de 223 civils en février 2024. Pour lutter contre les jihadistes, le régime a choisi de militariser la société en armant des civils, notamment via la création des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). Cette stratégie a intensifié les tensions ethniques et la violence intercommunautaire, avec des conséquences dramatiques pour les populations locales.

le Niger : une dégradation silencieuse

Le Niger, bien que moins exposé aux attaques jihadistes que ses voisins, n’est pas épargné. Depuis le coup d’État de 2023, la situation sécuritaire s’est détériorée, avec une augmentation de la létalité des attaques. Les forces nigériennes ont tué trois fois plus de civils en 2024 par rapport à l’année précédente, placant les populations entre le marteau et l’enclume.

En mars 2025, l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) a attaqué une mosquée, tuant 44 personnes. Les forces armées ont également été la cible de 51 attaques en neuf mois en 2024, soit presque le double des chiffres de 2023.

les transitions politiques : un provisoire devenu permanent

Les régimes militaires de l’AES ont prolongé leurs périodes de transition, modifiant les constitutions pour consolider leur pouvoir. Au Mali, la transition a été prolongée jusqu’en 2029, tandis qu’au Burkina Faso et au Niger, les dirigeants ont également obtenu des mandats prolongés. Ces prolongations permettent aux régimes de consolider leurs alliances régionales et internationales, comme en témoigne le soutien de la Russie à la nouvelle force conjointe de l’AES.

la dérive autoritaire : contrôler l’information pour dominer

Faute de contrôler pleinement leurs territoires, les régimes militaires de l’AES ont renforcé leur emprise sur l’espace informationnel. Les médias indépendants et étrangers ont été interdits, les journalistes locaux réprimés, et les organisations de la société civile suspendues. Au Mali, RFI et France 24 ont été interdits, tandis qu’au Burkina Faso et au Niger, des journalistes et des médias critiques ont été expulsés ou emprisonnés.

Cette stratégie de contrôle de l’information permet aux régimes de contrôler la perception de la réalité par la population. Les régimes affirment contrôler jusqu’à 70 % du territoire, un chiffre qui correspond en réalité à la zone d’influence des groupes jihadistes selon des sources externes.

un silence trompeur : les crises persistantes du Sahel

Le silence médiatique entourant le Sahel ne doit pas être interprété comme une stabilisation de la situation. Au contraire, les crises s’aggravent : l’insécurité alimentaire touche 52,7 millions de personnes en Afrique de l’Ouest entre juin et août 2025, et le nombre de déplacés internes atteint des records avec plus de 3,1 millions de personnes déplacées au Burkina Faso, au Niger, au Mali et au Tchad.

Les régimes de l’AES ont rompu avec la CEDEAO et cherchent de nouveaux partenariats, notamment avec la Russie. L’Union européenne, confrontée à d’autres priorités, doit clarifier sa stratégie pour la région. Une désolidarisation totale des populations locales pourrait avoir des répercussions à long terme pour l’Europe.

Seul un engagement renforcé, marqué par des échanges de savoirs et des solidarités entre continents, permettra de faire face aux défis globaux que représente la crise au Sahel.