Crise alimentaire en afrique de l’ouest : des millions de personnes en danger immédiat

En afrique de l’ouest et du centre, la combinaison dévastatrice de violences persistantes et de réductions drastiques des budgets alloués à l’aide humanitaire plonge des millions de personnes dans une urgence alimentaire sans précédent. Selon les dernières projections, 55 millions d’habitants, dont plus de 13 millions d’enfants, pourraient être confrontés à une famine critique dès cet été. Une situation alarmante qui exige une mobilisation urgente des acteurs internationaux.

une insécurité alimentaire qui s’aggrave à un rythme alarmant

Une étude récente révèle que plus de trois millions de personnes dans la région subiront une insécurité alimentaire classée en phase d’urgence (niveau 4 sur l’échelle IPC) en 2026. Ce chiffre représente plus du double des 1,5 million de personnes touchées en 2020, illustrant l’ampleur de la détérioration de la situation.

Quatre pays concentrent 77 % des cas d’insécurité alimentaire : le Nigéria, le Tchad, le Cameroun et le Niger. Parmi eux, l’État de Borno au Nigéria fait face à une menace de famine catastrophique (niveau 5 sur l’échelle IPC), une première depuis près d’une décennie, avec 15 000 personnes en danger extrême de mortalité.

des coupes budgétaires qui aggravent une situation déjà critique

Sarah Longford, directrice régionale adjointe du Programme alimentaire mondial (PAM) pour l’afrique de l’ouest et du centre, met en garde : « La baisse des financements observée en 2025 a aggravé la faim et la malnutrition dans toute la région. Face à des besoins croissants et à des ressources en déclin, le risque que les jeunes sombrent dans le désespoir s’intensifie. »

Un groupe de femmes et d'enfants locaux à Yagoua, au Cameroun, participe à un événement de sensibilisation pour le projet PULCCA, qui vise à lutter contre l'insécurité alimentaire et à renforcer la résilience de la communauté.

des impacts dévastateurs dans les pays les plus touchés

La conjugaison des conflits, des déplacements massifs de populations et des crises économiques a plongé plusieurs pays dans une situation humanitaire critique. Au Mali, la réduction des rations alimentaires a provoqué une hausse de 64 % de la famine aiguë dans certaines zones, tandis que les régions recevant des rations complètes ont enregistré une baisse de 34 %. Avec 1,5 million de Maliens vulnérables menacés, l’insécurité persistante entrave les approvisionnements et aggrave la crise.

Au Nigéria, le manque de financement en 2025 a contraint le PAM à réduire ses programmes nutritionnels, touchant plus de 300 000 enfants. La malnutrition, passée de « grave » à « critique » dans plusieurs États du nord, menace désormais la survie des populations. Les perspectives pour 2026 sont encore plus sombres : seulement 72 000 personnes pourraient être aidées en février, contre 1,3 million l’année précédente.

Au Cameroun, plus d’un demi-million de personnes risquent de perdre l’accès à l’aide vitale si les financements d’urgence ne sont pas débloqués rapidement.

Un enfant marche devant des abris dans un camp de déplacés à Maiduguri, la capitale de l'État de Borno, dans le nord-est du Nigeria.

13 millions d’enfants au bord du désastre

Jean Martin Bauer, directeur de l’analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition au PAM, alerte sur le sort de 13 millions d’enfants menacés par la faim en 2026. « Ces enfants sont en première ligne face à une malnutrition qui peut avoir des conséquences irréversibles sur leur développement physique et cognitif. Les programmes nutritionnels doivent être une priorité absolue pour les protéger », déclare-t-il.

L’IPC 5, qui concerne 15 000 personnes dans le nord-est du Nigéria, correspond à un niveau de risque extrême où la mortalité est déjà supérieure aux seuils normaux. « Les gens meurent de faim. Nous devons garantir que l’aide parvienne aux plus vulnérables avant qu’il ne soit trop tard », insiste-t-il.

453 millions de dollars : l’urgence d’une réponse coordonnée

Face à cette crise humanitaire sans précédent, le PAM lance un appel urgent à la communauté internationale : plus de 453 millions de dollars sont nécessaires au cours des six prochains mois pour éviter un effondrement total des systèmes d’aide. « Nous devons briser le cycle de la faim et investir dans la résilience des communautés pour les générations futures », souligne Sarah Longford.

Pour y parvenir, le PAM plaide pour une approche proactive combinant préparation, mesures anticipatives et renforcement des systèmes de protection sociale. Une stratégie qui a déjà démontré son efficacité par le passé, avec par exemple la réhabilitation de plus de 300 000 hectares de terres dégradées depuis 2018, protégeant ainsi quatre millions de personnes contre les chocs climatiques.

des solutions existent, mais leur financement est insuffisant

Malgré des avancées concrètes, les programmes de résilience, les initiatives d’alimentation scolaire et les infrastructures communautaires restent sous-financés. « Les solutions existent, mais elles ne sont pas suffisamment soutenues financièrement », regrette Jean Martin Bauer. Sans un engagement accru des gouvernements et des partenaires internationaux, des millions de vies continueront d’être mises en danger chaque année.

La situation en afrique de l’ouest et du centre rappelle avec urgence la nécessité d’une action collective pour éviter que des crises humanitaires d’une telle ampleur ne deviennent la norme.