Centrafrique : l’ombre mortelle de Wagner plane sur bangui

Des exécutions sommaires, des décapitations filmées et des têtes alignées sur le sol : les mercenaires du Groupe Wagner poursuivent leur règne de terreur en République centrafricaine. Alors que l’opposition et la société civile multiplient les appels au retrait de ces hommes qui agissent en toute impunité, le pouvoir de Bangui valide leur présence par un permis de tuer inavouable.

Scène macabre filmée par les mercenaires en Centrafrique

Le 8 juillet dernier, une nouvelle séquence d’horreur a été capturée par des caméras et partagée massivement sur les réseaux sociaux. Ce jour-là, des hommes ont été attirés dans un piège tendu par les mercenaires de Wagner. Après avoir été abattus, plusieurs d’entre eux ont subi l’outrage ultime : la décapitation. Leurs têtes, soigneusement disposées sur un tapis, formaient une macabre exposition. Accompagnés de leurs « Russes noirs », des supplétifs locaux, les hommes de Wagner ont immortalisé leurs crimes, ponctuant leurs actes de commentaires glaçants. Les images révèlent les ordres glaçants du chef de milice : « Vous ne voulez pas la paix ? C’est maintenant. Égorgez chaque personne ! »

Des victimes piégées dans une parodie de désarmement

Parmi les victimes de cette boucherie, des combattants de groupes armés venus participer à une opération officielle de désarmement. Ce programme, préempté par Wagner, s’est transformé en une séance de terreur. Des civils, dont un chef de village, ont également été pris dans ce guet-apens meurtrier. Ces exactions, loin d’être isolées, s’inscrivent dans une série de violences endémiques qui ont transformé le quotidien des Centrafricains en un cauchemar sans fin. Pourtant, le pouvoir de Bangui continue de cautionner ces agissements en offrant aux mercenaires un permis de tuer.

Depuis des années, la République centrafricaine est qualifiée de non-État, un territoire où l’autorité centrale ne contrôle plus qu’une infime partie du pays. Les coups d’État, les mutineries et l’insécurité chronique ont réduit cette nation à une zone grise, où le chaos et la violence dictent leur loi. Malgré la présence de la Minusca, la Mission des Nations unies, la situation ne fait qu’empirer. L’arrivée des mercenaires de Wagner a aggravé une crise déjà ingérable, normalisant des pratiques dignes des pires groupes djihadistes.

Wagner, un État dans l’État aux méthodes coloniales

Les hommes de Wagner ne se contentent pas de semer la terreur : ils exploitent impunément les ressources minières du pays, tout en contrôlant les leviers du pouvoir. Armée, police, justice, services de renseignement et même l’aéroport de Bangui : aucun secteur n’échappe à leur emprise. Leur influence est telle que des disparitions, des tortures et des crimes restent sans suite, leurs auteurs protégés par une impunité totale. Dans les rues de la capitale, on murmure que les Wagner gouvernent plus que le gouvernement lui-même.

Contrairement à d’autres régions où le groupe a été rebaptisé Africa Corps après la mort de son fondateur, en Centrafrique, Wagner conserve fièrement son nom. Une statue à la gloire de Prigojine, célébrée chaque année par des soldats locaux aux côtés de leurs « partenaires » russes, symbolise cette emprise. Ici, l’ordre colonial a pris une forme inédite, où la terreur est devenue un outil de gouvernance.

Face à l’ampleur des crimes commis, l’opposition et la société civile ont une fois encore exigé le départ des mercenaires. Las, les autorités ont opposé un silence éloquent à ces revendications, tandis que les Centrafricains, tétanisés, subissent les conséquences d’une coopération avec Moscou incarnée par une entité paramilitaire qui a fait de la violence son mode de coexistence.

Il y a quatre ans, alors que des voix s’élevaient pour alerter sur les dangers de cette alliance, le Président Faustin-Archange Touadéra avait balayé les inquiétudes d’un revers de main : « Nous avons besoin des Russes. C’est grâce à eux que nous gardons le pouvoir ». Une déclaration qui résume l’état de dérive dans lequel se trouve la Centrafrique : un pays prêt à sacrifier son peuple et sa souveraineté pour conserver les rênes du pouvoir, au prix d’un enfer quotidien.