Cameroun : après l’appel à une « ville morte » dans les régions anglophones, les réactions d’une société sous tension

Le Cameroun anglophone s’est figé ce premier octobre, jour marqué par l’anniversaire de la réunification de 1961, mais aussi par un appel des séparatistes à une journée « ville morte ». Entre mesures de sécurité renforcées et silence des rues, les réactions sur le terrain et les réseaux sociaux révèlent l’ampleur des tensions persistantes après dix ans de crise.
Une journée sous haute surveillance dans les NOSO
Dès l’aube, les villes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (NOSO) se sont réveillées sous le signe d’un quadrillage militaire intensif. À Bamenda comme à Buea, les rues autrefois animées affichent un calme inhabituel. Les habitants, pour beaucoup, ont choisi de rester chez eux, par crainte ou par solidarité avec l’appel séparatiste. Seuls quelques passants et les forces de l’ordre animent des artères normalement encombrées. Les patrouilles, visibles en grand nombre, roulent au ralenti, donnant à ces territoires un air de ville fantôme.
Pour les autorités, cette opération « ville morte » était une occasion rêvée pour tester leur capacité à maintenir l’ordre. Et jusqu’à présent, aucun incident majeur n’a été signalé. Pourtant, derrière cette façade d’apaisement forcé, la tension reste palpable. Les habitants décrivent une ambiance pesante, entre résignation et frustration.
Des activités économiques au point mort
Les commerces ont baissé leurs rideaux, les marchés sont déserts et les transports en commun à l’arrêt. Dans les rues, seuls les véhicules des militaires tracent leur route. Les quelques activités qui persistent se limitent à des services essentiels, strictement encadrés. Les consommateurs, eux, ont déserté les centres-villes, préférant éviter toute confrontation. Le bilan économique de cette journée risque d’être lourd, surtout pour les populations déjà fragilisées par des années de conflit.
Des débats enflammés sur les réseaux sociaux
Pendant ce temps, les réseaux sociaux s’embrasent. Sur TikTok et d’autres plateformes, des discussions enflammées opposent partisans et détracteurs de la cause séparatiste. Les couleurs bleu et blanc, symboles de l’Ambazonie, flottent comme un étendard numérique. Des influenceurs locaux et des militants partagent des témoignages, des analyses et des appels à la mobilisation.
Parmi les voix les plus écoutées, celle de Khongor Félix Agbor, avocat et ancien détenu de la crise anglophone, a marqué les esprits. Dans un post poignant, il a rendu hommage aux victimes : « Je pense aux familles qui ont perdu leurs proches, aux déplacés errant dans l’incertitude, aux enfants privés d’école, à tous ceux qui vivent dans la peur au quotidien, et aux prisonniers politiques toujours derrière les barreaux. » Son message a suscité des milliers de réactions, illustrant la profondeur des blessures encore ouvertes.
Un bilan humain et social qui pèse sur la décennie
Dix ans après le début de la crise, les chiffres restent accablants. Plus de six mille morts, des centaines de milliers de déplacés, des infrastructures détruites et une jeunesse sacrifiée : le Cameroun anglophone porte le poids d’une décennie de tourments. Les organisations de défense des droits de l’homme, bien que discrètes en ce jour de tension, rappellent régulièrement l’urgence d’une solution pacifique. Pourtant, pour l’instant, le dialogue semble plus lointain que jamais.
Alors que ce premier octobre s’achève, une question persiste : jusqu’où le Cameroun peut-il aller dans cette impasse ? Les réactions de cette journée, entre peur, colère et résilience, dessinent les contours d’une société à bout de souffle, mais déterminée à survivre.
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