Burkina Faso-Cotonou : les réactions et perspectives d’un transit qui tutoie le million de tonnes

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Le port de Cotonou vient de franchir un cap symbolique. En 2025, près d’un million de tonnes de marchandises en provenance ou à destination du Burkina Faso ont transité par la plateforme béninoise. Un chiffre qui suscite des réactions dans les milieux portuaires et économiques, et qui ouvre des perspectives inédites pour le corridor Cotonou-Ouagadougou. Alors que le Niger, partenaire historique, a réduit ses échanges terrestres avec le Bénin depuis la crise de 2023, ce basculement vers le Burkina Faso redessine les équilibres logistiques de la sous-région.

Un contexte de recomposition forcée

La fermeture de la frontière terrestre entre le Bénin et le Niger, consécutive au coup d’État de juillet 2023 et à la dégradation des relations diplomatiques, a perturbé les itinéraires traditionnels du commerce régional. Pourtant, l’activité du port de Cotonou n’a pas été tarie. Bien au contraire : la plateforme a su réorienter une partie de ses flux vers d’autres marchés de l’hinterland, au premier rang desquels le Burkina Faso. Les opérateurs ont cherché de nouveaux relais, tandis que les besoins des économies enclavées maintenaient la demande de transit.

Les chiffres qui parlent

Les données présentées par la direction commerciale du Port autonome de Cotonou (PAC) lors d’une rencontre professionnelle en 2026 confirment cette tendance. En 2025, le transit représentait 39,2 % du trafic portuaire total. Le Burkina Faso en captait à lui seul 16 %, soit près d’un million de tonnes, majoritairement composées d’hydrocarbures. Le pays sahélien s’impose ainsi comme le principal moteur de la croissance du port béninois.

Cette performance ne relève pas d’un phénomène soudain. Le Burkina Faso dispose de plusieurs voies d’accès à la mer — Abidjan, Lomé, Tema et Cotonou — et arbitre en fonction des coûts, de la fluidité et du contexte politique et sécuritaire. La dégradation de l’axe bénino-nigérien a simplement ouvert une fenêtre d’opportunité pour le trafic burkinabè.

Le poids des hydrocarbures

Les hydrocarbures occupent une place prépondérante dans ces flux. Enclavé et confronté à des besoins énergétiques importants, le Burkina Faso dépend des ports du Golfe de Guinée pour une partie de ses approvisionnements en produits pétroliers. Cotonou joue ainsi un rôle de plateforme d’entrée avant l’acheminement vers Ouagadougou et les autres régions. Cette spécialisation explique en partie pourquoi le Burkina Faso est devenu un débouché aussi visible dans les statistiques de transit du PAC.

2026 : Une croissance qui se confirme

Les premiers résultats de l’année 2026 montrent que la stratégie de diversification porte ses fruits. Au premier semestre, le port a traité 7,79 millions de tonnes de marchandises, contre 6,68 millions un an plus tôt, soit une progression de 16,6 %. Cette hausse intervient après une année 2025 déjà exceptionnelle, où le trafic annuel était passé de 9,6 à 14,7 millions de tonnes, en croissance de 52 %.

La composition de cette croissance mérite attention. Les importations sont quasiment stables (4,12 millions de tonnes contre 4,10 millions, soit +0,6 %). Les exportations, en revanche, ont bondi de 33,3 %, passant de 2,16 à 2,87 millions de tonnes. Le transbordement connaît une progression spectaculaire : 516 558 tonnes au premier semestre 2026 contre 204 928 tonnes un an auparavant, soit une hausse de 152,1 %. Ces chiffres ne mesurent pas directement le trafic routier vers le Burkina Faso, mais ils témoignent du renforcement de Cotonou comme plateforme de redistribution régionale.

Des réactions et des perspectives contrastées

Dans les milieux portuaires béninois, cette recomposition est perçue comme une opportunité. Le PAC a notamment numérisé la gestion des mouvements de camions pour faciliter les opérations d’enlèvement et de transit. La proximité géographique avec le Burkina Faso et l’existence d’un corridor routier historiquement utilisé constituent des atouts majeurs. La bataille se joue désormais autant sur les infrastructures que sur la stabilité politique et la sécurité des corridors.

Du côté burkinabè, l’enjeu est stratégique. La multiplication des tensions politiques et sécuritaires dans la région a rendu la diversification des corridors indispensable. Aucun port ne peut être considéré comme une solution unique et définitive pour un pays enclavé. Cotonou apparaît comme l’une des réponses les plus prometteuses, mais pas la seule.

Le Niger n’est pas définitivement sorti du jeu

Cette nouvelle géographie du transit ne signifie pas pour autant que le marché nigérien disparaît de l’horizon du port de Cotonou. En 2026, le pétrole brut nigérien continue d’emprunter les infrastructures béninoises pour rejoindre les marchés internationaux. Une cargaison d’un million de barils a notamment été expédiée depuis le terminal de Sèmè-Kpodji en août 2026. La relation commerciale entre les deux pays reste donc paradoxale : le contentieux diplomatique perturbe une partie des échanges terrestres, mais les deux économies demeurent liées par des infrastructures stratégiques.

Quelle suite pour le corridor Cotonou-Ouagadougou ?

Avec près d’un million de tonnes en transit vers le Burkina Faso en 2025, le pays s’est installé parmi les principaux débouchés du port béninois. Les chiffres disponibles pour 2026 ne permettent pas encore d’affirmer que ce volume a été maintenu ou dépassé, faute de données semestrielles détaillées par destination. Ils livrent néanmoins un enseignement essentiel : malgré le choc du corridor nigérien, Cotonou continue de progresser.

Le Burkina Faso se retrouve ainsi au cœur d’une transformation plus large. Pour Cotonou, il ne s’agit plus seulement de compenser la perte d’une partie du trafic nigérien, mais de construire un modèle portuaire moins dépendant d’un seul corridor. La question, désormais, est de savoir si cette redistribution des cartes deviendra durable. Si le trafic burkinabè continue de progresser, le corridor Cotonou-Ouagadougou pourrait s’affirmer comme l’un des nouveaux axes structurants du commerce régional. Et le port béninois, longtemps associé au marché nigérien, pourrait bien changer de visage.

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