Armand Noutack II : le véritable défi du Cameroun réside dans la mentalité collective

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Armand Noutack II : le véritable défi du Cameroun réside dans la mentalité collective

L’enseignant et observateur de la scène politique, Armand Noutack II, affirme que la population camerounaise n’est pas orientée vers le progrès. Il dénonce une affection pour le statu quo et une prédilection pour les « réseaux », des pratiques qui, bien que considérées comme inacceptables ailleurs, sont devenues la norme au Cameroun.

Armand Noutack II : une critique acerbe de la société camerounaise

Dans une publication percutante, Armand Noutack II exprime son indignation face à une situation où le Cameroun semble aspirer au changement, mais uniquement si cela n’affecte pas les intérêts frauduleux personnels. Il dénonce une hypocrisie ambiante, où certains individus se présentent comme des opposants acharnés en public, tout en œuvrant dans l’ombre pour obtenir des marchés publics qu’ils exécutent de manière médiocre, dans le seul but de s’enrichir.

« CAMEROUN, QUI VEUT VRAIMENT LE CHANGEMENT ? »

L’initiative du ministre Motaze visant à contrôler le fichier solde de l’État a révélé des dynamiques profondes. Noutack II constate que l’aspiration au changement au Cameroun est conditionnée par la préservation des petits arrangements frauduleux.

Il s’interroge sur l’origine de ce système de corruption généralisée : est-ce une création du Président Paul Biya, ou bien le Chef de l’État s’est-il simplement accommodé de cette situation pour se maintenir au pouvoir ?

Les Camerounais, selon lui, ne sont pas véritablement progressistes. Ils chérissent le statu quo et cultivent les « réseaux ». Ce qui serait considéré comme un scandale ailleurs est devenu une pratique courante et acceptée dans le pays.

Un échange avec un homme en tenue illustre parfaitement cette mentalité : « Ce que Motaze cherche là, il va voir, il ne peut pas laisser les gros poissons pour s’en prendre aux miettes des agents de l’État », lui a-t-il été lancé autour d’une bière.

Comment peut-on sincèrement désirer le changement et s’indigner d’une opération qui vise à réguler les dépenses de l’État ? Comment prôner le changement tout en falsifiant les mesures au marché, vendant un kilogramme de viande au prix de deux ?

Des fonctionnaires, ayant émigré au Canada, continuent de percevoir leurs salaires au Cameroun via leurs proches, tout en dénonçant avec véhémence Paul Biya sur les réseaux sociaux. Quel changement est réellement souhaité lorsque l’on bénéficie illégalement des fonds de l’État sans aucun service rendu ?

Certains prétendus opposants dénoncent publiquement la mauvaise gouvernance, mais à l’approche de minuit, ils se retrouvent avec des ministres pour négocier, contre de fortes sommes ou par « amitié », des places pour leurs enfants, cousins et neveux dans les grandes écoles.

D’autres, se présentant comme des opposants farouches en plein jour, sont vus à minuit chez les ministres pour décrocher des marchés publics, qu’ils exécutent ensuite avec négligence pour maximiser leurs profits.

Le commerçant qui clame « changement oyeee, popol est mauvais, vive le Sénégal » mais ne paie pas ses impôts et trafique les dates de péremption des produits, quel changement espère-t-il ?

Celui qui déplore « Oooh le pays va mal, franchement Biya doit dégager » mais arrive au bureau à 10h et le quitte à midi pour gérer sa boutique, tout en étant le premier à la banque le 25 du mois, est-il un véritable artisan du changement ?

L’enseignant qui vend des notes, se livre au harcèlement sexuel et moral, mais prétend vouloir le changement, quelle transformation souhaite-t-il réellement ?

Vivre de la contrefaçon et du frelaté, financer des campagnes électorales avec cet argent, tout en participant aux meetings de l’opposition pour réclamer le changement, à quoi cela peut-il aboutir ?

Ceux qui déclarent « Oooh nous sommes fatigués, vraiment nous sommes fatigués de Paul Biya » mais trafiquent leur compteur d’eau et d’électricité, allant jusqu’à revendre de l’énergie non produite à leurs voisins, quel sera leur sort si le changement tant désiré se concrétise ?

Comparer la démocratie du Sénégal tout en vendant ses convictions pour 2000 FCFA, un morceau de pain et un t-shirt, n’est-ce pas renoncer au véritable changement ?

Jeter des ordures partout, ne respecter aucune norme, salir les rues, et pourtant crier au changement derrière un opposant, n’est-ce pas une contradiction flagrante ?

Les médecins qui désertent les hôpitaux publics pour se concentrer sur leurs cliniques privées, veulent-ils également le changement ?

Les policiers dont le seul souhait sur la route est de trouver un automobiliste sans tous ses papiers pour le faire passer « à la caisse », aspirent-ils au changement ?

Les promoteurs d’instituts universitaires privés qui proposent des filières alléchantes pour faire du commerce et spolier les parents, tout en sachant que les diplômes n’offriront aucune opportunité, veulent-ils aussi le changement ?

Les journalistes dont les reportages dépendent du dernier coup de fil reçu à minuit, désirent-ils le changement ?

Et les proviseurs qui achètent leurs postes à prix d’or, puis, une fois en fonction, spolient les parents et entassent les élèves dans les salles de classe comme des esclaves, veulent-ils le changement ?

Les fonctionnaires dont l’humeur est dictée par l’enveloppe que l’usager leur remet, veulent-ils le changement ?

Au-delà des ministres et hauts fonctionnaires, souvent critiqués pour leur corruption, le citoyen lambda est-il réellement prêt à embrasser le changement ?

La vérité, c’est que la corruption au Cameroun est profonde, elle a infiltré nos mentalités, et c’est là que réside la véritable douleur. Le Camerounais ne veut le changement que là où ses intérêts frauduleux ne sont pas menacés, et cela inclut même ceux qui se disent opposants.

Si vous ne pouvez pas incarner le changement que vous souhaitez pour votre pays, alors taisez-vous.

Noutack II exhorte à la régularisation des actes de naissance et des preuves de scolarisation pour justifier les allocations familiales, sous peine de remboursement des sommes perçues illégalement et de poursuites judiciaires.

Il conseille au ministre Motaze d’infiltrer chaque corps de métier pour identifier et sanctionner les agents qui se laisseraient corrompre par les fonctionnaires fraudeurs.

Pour reconstruire le Cameroun après le départ du Président Biya, il sera impératif de démanteler la toile d’araignée de corruption mentale qui emprisonne tous les Camerounais, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, depuis 43 ans. Faute de quoi, le pays ne pourra pas avancer.

NOUTACK II, Professeur des Lycées.

Armand Noutack II