« Une richesse naturelle ne devient un atout pour un pays que lorsqu’elle renforce sa souveraineté au lieu d’alimenter son instabilité. » Cette maxime résume la nouvelle approche diplomatique adoptée par la République démocratique du Congo sur la scène internationale.
New York, siège des Nations Unies — La RDC a marqué son entrée en scène lors d’une réunion d’envergure consacrée aux minerais stratégiques pour la transition énergétique. Sous la présidence de la ministre d’État en charge des Affaires étrangères, Coopération internationale et Francophonie, Thérèse Kayikwamba Wagner, Kinshasa a porté un discours sans équivoque : il est temps de repenser en profondeur la gouvernance mondiale des ressources naturelles.
De simple fournisseur à acteur clé de l’industrie mondiale
La diplomatie congolaise a clairement exprimé son refus de rester cantonnée au rôle de simple exportateur de matières premières. Lors de son intervention, Thérèse Kayikwamba a souligné que la transition énergétique ne peut être qualifiée de « juste » tant que les pays producteurs ne bénéficient pas de la valeur ajoutée générée par la transformation locale de leurs ressources.
« La question centrale n’est plus de savoir où se trouvent les minerais critiques, mais où se crée la valeur qu’ils génèrent », a-t-elle déclaré. Son plaidoyer s’articule autour de trois piliers :
- L’investissement massif dans les infrastructures, l’énergie et la recherche, pour bâtir une industrie locale compétitive ;
- La modernisation de l’exploitation artisanale, afin d’améliorer sa productivité et sa traçabilité ;
- Le renforcement des capacités technologiques et industrielles, pour permettre à la RDC de devenir un pôle africain de transformation des minerais stratégiques.
L’objectif affiché : faire de la RDC un acteur incontournable de la chaîne de valeur mondiale, notamment pour les minerais indispensables aux batteries électriques, aux technologies numériques et aux énergies renouvelables.
Le Rwanda directement visé par les accusations de Kinshasa
En marge des enjeux économiques, la ministre congolaise a replacé la question des minerais critiques dans le contexte sécuritaire de l’Est du pays. S’appuyant sur les rapports du Groupe d’experts des Nations Unies, elle a dénoncé l’exploitation illicite des ressources naturelles par des groupes armés, avec la complicité présumée du Rwanda.
Elle a cité l’exemple de Rubaya, dont les gisements représentent près de 15 % de la demande mondiale de tantale. Selon les experts onusiens, au moins 1 400 tonnes de coltan auraient été frauduleusement exportées vers le Rwanda après la prise de contrôle de cette zone par le M23, soutenu par Kigali. Ces flux illégaux généreraient environ 800 000 dollars américains chaque mois au profit des groupes armés.
Thérèse Kayikwamba a vivement critiqué le fait que les Forces de défense rwandaises ne fassent toujours pas l’objet de sanctions internationales, malgré ces éléments accablants. Pour Kinshasa, cette situation illustre les failles du système actuel dans la lutte contre le financement des conflits par l’exploitation illicite des ressources.
Un plaidoyer pour une gouvernance mondiale plus cohérente
Profitant de la présidence congolaise du Conseil de sécurité des Nations Unies, la cheffe de la diplomatie congolaise a annoncé une offensive diplomatique visant à lier directement la gouvernance des ressources naturelles à la paix, à la sécurité internationale et au développement durable.
Son discours a mis l’accent sur la nécessité de responsabiliser tous les maillons de la chaîne d’approvisionnement : producteurs, négociants, transformateurs, institutions financières, industriels et pays consommateurs. L’objectif ? Garantir une traçabilité exemplaire des minerais, afin d’éradiquer la fraude, la contrebande et le financement des groupes armés, sans pour autant pénaliser les exploitants artisanaux légitimes.
En conclusion, la RDC ne se contente plus de défendre ses ressources : elle exige une refonte profonde de la gouvernance mondiale de la transition énergétique. Kinshasa veut que les pays producteurs bénéficient enfin des retombées économiques de leurs richesses naturelles, et que le lien entre ressources, paix et sécurité internationale soit enfin reconnu.
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